Ces remarques sexistes qu’on n’adresse qu’aux mères (et jamais aux pères)

En France, les femmes consacrent encore deux fois plus de temps que les hommes aux tâches domestiques et parentales, selon l’Institut national d’études démographiques . Si la co-parentalité s’affiche sur les réseaux sociaux, le quotidien reste rythmé par un déséquilibre tenace que la langue française traduit à merveille. Sous couvert de gentillesse, de conseils avisés ou de petites vannes de machine à café, une batterie de remarques cible exclusivement les mères. Décryptage sans filtre de ces phrases d’apparence banales qui ne seront jamais adressées à un père et qui en disent long sur la charge mentale maternelle.

Les interrogatoires logistiques et l’injonction du super-pouvoir

1. “Mais du coup, qui garde le bébé aujourd’hui ?”

Demandé à une mère dès qu’elle pointe le bout de son nez à un dîner, une réunion ou un cours de yoga après dix-neuf heures. Une question que personne n’a jamais posée à un homme de toute l’histoire de l’humanité, partant du principe que les pères s’évaporent mystérieusement dès que le soleil se couche.

2. “Vous allez voir, l’instinct maternel, c’est magique, ça vient tout seul !”

Le fameux super-pouvoir censé se télécharger automatiquement avec l’expulsion du placenta. Bizarrement, personne ne parle jamais d’un instinct paternel magique qui apprendrait instantanément aux hommes à couper les ongles d’un nourrisson sans paniquer.

3. “Vous avez pensé à prendre un doudou de rechange, du sérum phy et une tenue au cas où il vomit ?”

Le test de logistique de survie infligé exclusivement aux mères avant de franchir le pas de la porte. Le père, lui, peut sortir sereinement avec un enfant, deux couches et la moitié d’une compote entamée dans sa poche de veste.

4. “Oh, c’est maman qui a préparé le petit sac pour la crèche ?”

Dit avec admiration devant la présence de deux tétines, du carnet de santé et du liniment. Preuve ultime que la gestion administrative et matérielle du bébé est encore vue comme une option exclusive du modèle féminin, comme le rappelle régulièrement le Haut Conseil à l’Égalité (HCE).

5. “Vous devriez relâcher un peu la pression, vous voulez trop bien faire.”

Le conseil le plus absurde de la terre. Une fois qu’on vous a collé la responsabilité intégrale du bien-être physique et mental d’un mini-humain, on vous demande gentiment de lâcher prise, sans que personne ne ramasse le linge sale pour autant.

La culpabilisation à double vitesse et les conseils de comptoir

6. “Vous prenez votre temps plein ? Ce n’est pas trop dur de le laisser si petit ?”

La pique de culpabilisation professionnelle par excellence. On ne demandera jamais à un père de famille s’il a le cœur brisé en partant travailler le matin, c’est même plutôt ce qu’on attend de lui.

7. “Vous prenez votre demi-journée ?”

Lancé à dix-sept heures trente dans l’open space quand vous courez pour éviter l’amende de retard de la crèche. Le même collègue qui vous sort cette vanne applaudira votre confrère masculin qui quitte la réunion plus tôt pour le même motif.

8. “Vous lui donnez des petits pots industriels ? Vous n’avez pas le temps de faire du fait-maison ?”

La brigade du Babycook qui ne frappe qu’aux portes maternelles. Si un père donne un pot à la carotte du commerce, il est félicité pour sa réactivité et son sens pratique.

9. “Profitez-en, ça passe tellement vite !”

Glissé avec un brin de nostalgie par une inconnue au supermarché pendant que vous gérez une crise de larmes au rayon conserves. Étrangement, aucun retraité ne s’arrête devant un père au bord de l’apoplexie pour lui rappeler de savourer l’instant présent.

10. “Vous le laissez pleurer 5 minutes ? Mais vous ne craignez pas qu’il se sente abandonné ?”

Le micro-procès en culpabilité dès que la mère essaie de prendre une douche. Quand un père laisse pleurer le bébé le temps de finir sa pause café, on salue sa gestion du stress et sa capacité à poser des limites.

Le contrôle médical et la météo du nourrisson

11. “C’est normal qu’il ne veuille pas s’endormir, il sent votre anxiété.”

Le diagnostic psychologique de comptoir réservé aux femmes. Si le gosse a un pic de croissance à trois heures du matin ou une dent qui pousse, c’est forcément parce que sa mère a eu le malheur de penser à sa facture d’électricité à quatorze heures.

12. “Vous ne trouvez pas qu’il a les pieds un peu froids / qu’il manque un bonnet ?”

La surveillance météo déléguée à 100 % aux mères. Si un enfant éternue dans la rue, la totalité des regards accusateurs se turnent vers la femme la plus proche.

13. “Vous avez l’air fatiguée aujourd’hui, il ne fait toujours pas ses nuits ?”

La petite remarque empathique mais mortelle. Quand une mère est fatiguée, c’est qu’elle gère mal le sommeil du bébé. Quand un père a des cernes, c’est parce qu’il a une grosse semaine de boulot.

14. “Vous avez pensé à demander l’avis du pédiatre pour son éruption cutanée ?”

Parce qu’on part du principe que la mère est le secrétariat médical attitré du foyer, en charge de la prise de rendez-vous, des vaccins et du suivi des courbes de croissance.

15. “C’est bien, vous avez l’air d’avoir retrouvé votre énergie !”

Sous-entendu : vous avez enfin arrêté de râler et de ressembler à un zombie, bravo. Un compliment d’autant plus ironique qu’il récompense juste le fait que vous avez appris à dissimuler votre épuisement sous de l’anti-cernes.