Karine Langlois, mère de 4 enfants, ancienne sage-femme et fondatrice de Quantik Mama, accompagne les familles depuis de nombreuses années. Après le drame absolu de la perte de son fils aîné en 2020, elle a choisi l’écriture pour panser ses blessures invisibles et se reconstruire. À travers son Substack et l’Institut Doulē où elle forme de futures doulas, elle livre ses combats avec une sincérité rare. Aujourd’hui, elle nous confie une lettre ouverte intime et vibrante sur le choc émotionnel de voir sa propre fille franchir le cap symbolique des 21 ans.
Le choc des générations et l’apprentissage sauvage de la maternité
Pour comprendre la genèse de ce texte, il faut plonger dans l’histoire d’une femme qui a embrassé la maternité à un âge où d’autres se cherchent encore. Karine Langlois livre ici une lettre ouverte d’une honnêteté désarmante, écrite depuis son présent de mère de quatre enfants, de doula reconnue et à fondatrice de Quantik Mama et de l’Institut Doulē. C’est en observant sa propre fille franchir le cap de la majorité qu’elle a mesuré le chemin parcouru, les combats menés et la puissance insoupçonnée qu’elle portait en elle à seulement 21 ans. Un texte à retrouver également sur son espace de partage intime Substack.
Le choc des générations et l’apprentissage sauvage de la maternité
” Ma première fille a l’âge que j’avais quand je suis devenue mère… 21 ans. C’est l’âge que j’avais lorsqu’un petit humain de 3,5 kilos m’a traversé l’âme, le cœur, le ventre, le bassin, le plancher pelvien et le vagin… pour faire de moi sa mère. J’avais bien remarqué les regards infantilisant des soignants à mon égard, mais je m’en foutais. Parce que moi, je venais de toucher à quelque chose d’infini: l’aube de ma nouvelle puissance. J’étais jeune et naïve, certes, But I Had Fucking Did It ! Et au final, malgré l’inquiétude de plusieurs adultes autour de moi, j’ai réussi à garder mon bébé en vie! Et plus est, il n’a presque jamais pleuré. Tout ça en repoussant les standards établis de l’époque et les pratiques de parentalité de ma lignée. Bon là, n’allez pas croire que j’ai été parfaite. J’ai moi aussi essayé de laisser pleurer mon bébé (comme on me le conseillait fortement), mais j’ai vite compris que ce n’était pas pour moi. J’ai plutôt co-dodoté jusqu’à cinq ans, allaité pendant 30 mois, gardé mon fils à la maison avec moi, sans écran, ni plastique, couche de cotton, remèdes naturels et tout le tralalas. Sans cellulaire ni internet à la maison! C’était la belle époque!
La quête d’un chemin alternatif et cette troublante apparition nocturne
J’avais 21 ans, j’étais une jeune mère, et déjà je cherchais une autre manière d’habiter le monde. Une autre manière d’être mère. Une autre manière d’être femme. Bien sûr, nos parents nous trouvaient parfois extrêmes, voir même radicaux… surtout qu’on a été végétariens, puis véganes, et même crudivores, pendant de nombreuses années… «Tu nous as traumatisés avec tes lasagnes de pulpe de lait de soya maison ! » … qu’ils me diront, mes enfants, des années plus tard. Quand on sera redevenus omnivores! Aujourd’hui, avec le recul, je réalise que j’étais probablement «woke » avant même que le mot existe. Et aujourd’hui, ma fille (celle qui est née quand j’avais 24 ans) a exactement l’âge que j’avais lorsque je suis devenue mère pour la première fois. Et pour être honnête, ça me fait de l’effet d’y penser… Parce qu’en la regardant, je réalise à quel point j’étais un ti-cul quand je suis devenue mère. Je réalise que devenir mère aussi jeune m’a obligée à développer une maturité qu’on ne peut pas vraiment expliquer. Une maturité qui ne vient pas avec l’âge, mais avec la responsabilité immense de veiller sur un petit être humain entièrement dépendant de nous. Quand même… J’avais 21 ans et, du jour au lendemain, j’étais devenue responsable de la vie d’un petit être de 3,5 kilos qui ne pouvait survivre que grâce à mes bras, ma chaleur… et mes seins. It’s ALOT! Je n’ai donc jamais vraiment fait le party jusqu’aux petites heures dans ma vingtaine. Mon truc, c’était plutôt l’éducation Waldorf, l’herboristerie, les jardins, les cannages pour l’hiver, les remèdes médicinaux faits maison, les lacto-fermentations… Enfin… j’allais parfois aux partys des amis avec mon bébé. Mais je finissais presque toujours dans une chambre, couchée à ses côtés, un sein dans sa bouche, à le rendormir pendant que la fête était visiblement trop bruyante pour y faire dormir un bébé! Je me souviens d’une soirée, une fois… Sévan devait avoir une vingtaine de mois. Il n’arrêtait pas de se réveiller. J’étais épuisée. Frustrée. J’avais envie qu’il dorme pour que je puisse enfin profiter de la fête. Pendant quelques instants, j’étais dans l’impatience, la frustration même. J’étais dans cet élan de « moi d’abord » qui nous habite si fort quand on est jeune adulte. …et aussi quand on est en périménopause! Je me sentais déchirée entre mes envies de jeune femme… et mon rôle de mère envers Sévan. C’est alors que, dans un élan de désespoir total, je me suis mise à parler à Marie… …oui, Marie la mère de Jésus. Avant de continuer je tiens à mentionner que je ne pratique aucune religion. Cela dit, il m’arrive parfois de demander de l’aide à Marie. Personnellement, je ne la vois pas comme une figure religieuse. Je la vois plutôt comme la mère de toutes les mères. Comme un ange pour nous toutes. Une présence. Une alliée. Une guide. Ce soir-là, je l’ai donc suppliée de m’aider. Et à ma plus grande suprise… Marie s’est littéralement présentée à moi. Elle est apparue sous la forme d’un rayon de lumière si fort que la noirceur de la pièce n’était que lumière. Elle a déposé une main sur le dos de mon fils et l’autre sur mon épaule. Et là… j’ai senti tout son amour avec une intensité que je peine encore à mesurer, 24 ans plus tard. D’un coup, mes frustrations de mère selfish ont été balayées et ma dévotion réactivée. Wow! Quelques instants plus tard, Sévan dormait profondément, et moi j’ai pu retourner rejoindre le party. Et non… Je n’avais consommé ni alcool ni drogue!
Le miroir de deux destins de femmes face aux possibles de l’avenir
Et là, aujourd’hui… 2026. Ma fille a exactement l’âge que j’avais lorsque je suis devenue mère. Elle est libre. Elle voyage. Elle construit tranquillement sa vie. Elle change d’idée si elle le souhaite. Elle explore. Elle rêve. Elle mange quand elle veut… Quand je la regarde, je réalise qu’à l’âge où elle découvre tranquillement tous les possibles de sa vie d’adulte, moi, au même âge, j’allaitais un tout petit humain de 3,5 kilos dont la vie dépendait entièrement de moi. Deux vies. Deux histoires. Deux générations. Une même lignée. Du haut de ses 21 ans, quand je lui demande elle me dit qu’elle ne veut pas d’enfants. À la fois je la comprends, vu l’état du monde… et à la fois, j’ai envie de la convaincre que c’est la plus belle aventure de l’existence humaine… Mais je ne dis rien, évidemment. Je ne sais pas si elle changera d’idée avec le temps. Mais une chose est certaine. Chaque fois que je la regarde devant tous les possibles qui s’offrent à elle, je mesure un peu plus d’où je viens moi, sa mère. Bref, ces temps-ci en regardant ma magnifique fille de 21 ans, je ressens tellement d’amour pour cette jeune femme de 21 ans que j’ai jadis été… “
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