Emmener la nounou en vacances : fausse bonne idée ou secret des vacances réussies ?

Le départ en vacances en famille est souvent bercé d’un doux fantasme. On s’imagine déjà le corps badigeonné d’huile de monoï, un livre de trois cents pages dans une main et un spritz bien frais dans l’autre, pendant que les enfants construisent sagement un château de sable digne d’un architecte en chef. La réalité des parents de jeunes enfants est parfois plus abrupte, rythmée par la logistique des compotes qui coulent dans le sac de plage, les siestes contrariées et la charge mentale du quotidien simplement déportée sous d’autres latitudes, le sable en plus dans les draps.

Du rêve de liberté au piège de la promiscuité

Face à ce constat, l’idée d’emmener la nounou ou la garde à domicile habituelle dans ses valises séduit de plus en plus de familles urbaines et actives. C’est la promesse d’un repos salvateur, une sorte de mirage de liberté au milieu de l’été. Pourtant, derrière ce plan qui semble parfait sur le papier, cette configuration bouscule joyeusement les frontières de l’intime et les articles du droit du travail. Est-ce véritablement l’idée du siècle ou un aller simple vers un quiproquo mémorable ? Pour que le séjour reste un plaisir pour chacun, il convient de poser les bases d’une cohabitation réussie.

Le principal atout de l’opération réside dans la stabilité absolue des repères pour l’enfant. Contrairement à un club vacances où votre bambin hurlera peut-être devant un animateur déguisé en peluche géante, ou à une baby-sitter locale recrutée à la hâte sur une application obscure, la nounou connaît par cœur le doudou de secours, les rituels d’endormissement et les susceptibilités de vos enfants. Pour les parents, c’est l’assurance de pouvoir s’octroyer de vraies respirations, comme une séance de yoga matinale ou un dîner en amoureux qui dure plus de quarante-cinq minutes, l’esprit totalement libre.

Le code du travail s’invite sous les parasols

Mais le huis clos des vacances est un révélateur et le risque majeur est de voir la frontière entre vie professionnelle et vie privée s’estomper plus vite que votre crème solaire. Côté parents, il est parfois difficile de ne jamais être pleinement entre soi et de devoir maintenir une posture d’employeur digne en maillot de bain et tongs. Côté salariée, la sensation d’être corvéable à merci sous prétexte qu’on partage la même terrasse peut vite s’installer. C’est le point d’achoppement le plus fréquent car, juridiquement, emmener sa garde à domicile sur son lieu de villégiature ne constitue pas un cadeau ou des vacances offertes, mais bien un déplacement professionnel.

La Convention collective nationale des particuliers employeurs rappelle d’ailleurs que le voyage et l’hébergement sont intégralement à la charge des parents et ne peuvent en aucun cas être déduits du salaire. Pour garantir le droit au repos et à l’intimité de chacun, une chambre individuelle est indispensable. La nounou ne doit pas dormir dans la chambre des enfants, sauf si vous souhaitez qu’elle démissionne au troisième cauchemar du petit dernier à deux heures du matin. De même, le planning doit être fixé avant le grand départ et les heures effectuées au-delà du contrat habituel seront majorées en heures supplémentaires. Si elle partage vos moules-frites au restaurant ou vous accompagne à la plage privée, c’est évidemment l’employeur qui régale.

Pour que l’expérience soit couronnée de succès, l’anticipation textuelle et relationnelle reste votre meilleure alliée. L’idéal est de formaliser un planning type deux semaines avant le départ en définissant précisément les plages horaires de travail et les moments de liberté totale. Il convient aussi de briefer les enfants en amont pour qu’ils comprennent que lorsque la nounou est sur son temps de pause ou dans sa chambre, elle n’est plus disponible pour arbitrer une guerre de pistolets à eau. Enfin, sachez utiliser cette aide pour mieux vous retrouver en famille. Profitez des moments de garde pour souffler, mais sachez aussi libérer votre nounou pour savourer des instants exclusifs avec vos enfants, car les plus beaux souvenirs se construisent aussi dans l’intimité du noyau familial. Si la promiscuité vous effraie, l’alternative idéale consiste tout simplement à loger votre nounou dans un studio indépendant à proximité immédiate de votre villa.

Les questions que l’on se pose avant de boucler les valises

La nounou a-t-elle le droit de refuser de nous accompagner ?

Une garde à domicile a tout à fait le droit de décliner votre proposition. Cela ne peut en aucun cas constituer un motif de licenciement ou une faute professionnelle, puisque son contrat initial prévoit généralement un travail à votre domicile habituel, et non au camping des Flots Bleus ou dans une villa à l’autre bout du monde.

Peut-on lui demander de partager la chambre des enfants ?

La réponse est un non catégorique, sauf accord exceptionnel et écrit en amont. Pour la santé mentale de votre nounou comme pour la vôtre, elle doit pouvoir fermer sa porte le soir sans risquer de tomber sur une couche à changer ou un enfant qui cherche désespérément son doudou à deux heures du matin.

Comment gère-t-on les repas pris en commun au restaurant ?

La règle est simple : si la nounou mange avec vous sur son temps de travail, le repas est considéré comme un frais professionnel intégralement pris en charge par vos soins. Si elle est sur son temps de congé, elle est libre de dîner de son côté, mais si vous l’invitez à votre table pour partager vos moules-frites, c’est évidemment l’employeur qui régale.

Le temps de trajet est-il considéré comme du temps de travail ?

Le voyage en train ou en voiture pour se rendre sur le lieu de vacances est considéré comme du temps de travail effectif si la nounou gère les enfants pendant le trajet. Si elle voyage seule de son côté pour vous rejoindre, ces heures doivent également être rémunérées selon les règles strictes des heures de déplacement professionnel.

Les soirées en amoureux sont-elles incluses dans son forfait ?

Pas tout à fait. Si vous lui demandez de rester veiller sur les enfants pendant que vous testez le nouveau restaurant gastronomique du port, ces heures de baby-sitting nocturne basculent automatiquement en heures de travail effectif. Elles doivent être payées en plus de son salaire habituel, même si les enfants dorment profondément pendant toute votre absence.

Crédit photo : Tamara Godevarovic