Régression du sommeil : à quel âge survient-elle vraiment ?

Votre bébé dormait comme un loir, et puis du jour au lendemain, plus rien. Réveils nocturnes en série, siestes écourtées, pleurs au coucher.. vous tapez “régression du sommeil” sur Google et vous tombez sur une liste à rallonge : 4 mois, 8 mois, 12 mois, 18 mois, 2 ans. À croire que la vie d’un jeune enfant n’est qu’une longue suite de nuits sabotées. Pour démêler le vrai du faux, nous avons interrogé une pédiatre spécialisée dans les troubles du sommeil pédiatrique.

Les vraies régressions et les fausses idées

Parent : Mon bébé a 4 mois et il ne fait plus ses nuits, est-ce la fameuse régression dont tout le monde parle ?

Dr H. Vasseur : Très probablement, oui. Celle des 4 mois est la seule qui repose sur des bases physiologiques solides. À cet âge, le sommeil du bébé se réorganise complètement. Il passe d’un sommeil très archaïque à un sommeil structuré en cycles, comme celui d’un adulte. Et entre chaque cycle, il y a un micro-réveil. Votre bébé ouvre les yeux, ne retrouve pas les conditions de son endormissement, et il appelle. C’est universel, tous les bébés y passent. La bonne nouvelle, c’est que ça s’installe pour de bon après. La moins bonne, c’est que ça peut durer deux à six semaines.

Parent : Combien de temps ça dure, en vrai ?

Dr Vasseur : En moyenne, deux à trois semaines pour la plupart des phases. Parfois jusqu’à six semaines pour celle des 4 mois, qui est la plus longue parce qu’elle correspond à une vraie transformation du sommeil, pas juste à une étape développementale. Si ça dépasse six semaines, là il faut creuser. C’est souvent qu’on a installé sans s’en rendre compte de nouvelles habitudes pendant la phase difficile. Le biberon de nuit qu’on a redonné, le co-dodo qu’on a réintroduit, les bras à chaque pleur. Le bébé a intégré ces nouveaux réflexes et il les réclame, même une fois la phase passée.

Ce qu’il faut faire, et surtout ne pas faire

Parent : Est-ce que je dois changer quelque chose à sa routine ?

Dr Vasseur : Surtout pas. C’est l’erreur numéro un. On est épuisé, on cherche une solution rapide, on chamboule tout. Et on crée des problèmes qui durent bien plus longtemps que la phase elle-même. Gardez exactement la même routine du soir, les mêmes horaires, les mêmes rituels. Ce qui change, c’est votre niveau de patience, parce que ça va être dur quelques semaines. Mais le cadre doit rester identique. C’est ce qui rassure le bébé.

Parent : Et si je le prends dans mon lit, juste le temps de la phase ?

Dr Vasseur : Je comprends la tentation, vraiment. À trois heures du matin, on ferait n’importe quoi pour dormir. Mais voilà ce qui se passe. Votre bébé va adorer ça, évidemment. Une fois la phase terminée, vous allez vouloir revenir à la situation d’avant. Sauf que pour lui, dormir avec vous, c’est devenu la nouvelle norme. Vous allez devoir gérer un sevrage qui peut durer des semaines, voire des mois. Ce qui était une solution de dépannage devient un nouveau problème. Si vous pratiquez le co-dodo depuis toujours, c’est différent, gardez votre fonctionnement. Mais ne l’introduisez pas en urgence.

5. Parent : À partir de quand je dois m’inquiéter et consulter ?

Dr Vasseur : Trois signaux d’alerte. Premièrement, si la phase dure plus de six semaines sans aucune amélioration. Deuxièmement, si votre bébé semble vraiment souffrir, des pleurs inconsolables, un comportement inhabituel en journée, une perte d’appétit marquée. Troisièmement, si vous, parents, vous êtes au bout du rouleau, à bout de nerfs, en train de craquer. Ce dernier point compte autant que les autres. Un parent épuisé ne peut pas accompagner sereinement son enfant. Consulter votre pédiatre ou un spécialiste du sommeil, ce n’est pas un échec, c’est juste s’offrir un coup de pouce extérieur pour passer le cap.

La question Louves Bonus

Est-ce que c’est vrai que les bébés allaités font plus de régressions et dorment moins bien que les bébés au biberon ?

Dr Vasseur : La question qui fâche sur les forums, je vous la prends sans détour. Les bébés allaités se réveillent en moyenne plus souvent la nuit, c’est vrai, le lait maternel se digère plus vite et le sein apaise autant qu’il nourrit. Mais ils ne font pas plus de régressions pour autant. Celle des 4 mois, par exemple, touche tous les bébés avec la même intensité parce qu’elle est neurologique, pas alimentaire. Ce qui change, c’est juste la façon dont le réveil s’exprime. Et si vous êtes épuisée, sachez qu’introduire un biberon de nuit n’est pas une trahison. Une mère qui dort tient mieux qu’une mère qui s’effondre.

Crédit photo @Felipe Salgado