En France, trois élèves par classe sont en moyenne victimes de violences sexuelles au cours de leur enfance. Clémence Dru, directrice artistique et mère de deux garçons, l’a appris d’une façon brutale : en découvrant que l’école maternelle de ses fils était au cœur d’une affaire de violences psychologiques, physiques et sexuelles. Sa réponse a pris la forme d’un guide de prévention, relu par des pédopsychiatres, des juges pour enfants et des directeurs d’établissement. 

Un guide né d’une affaire, devenu outil de prévention nationale

Alice Masson : qu’avez-vous découvert, et comment ?

Clémence Dru : en début d’année, j’ai appris que l’école maternelle de mes deux fils était au cœur d’une affaire de violences psychologiques, physiques et sexuelles sur enfants. La parole a commencé à se libérer grâce à un reportage en caméra cachée, tant les menaces pesant sur les victimes étaient lourdes. Mes fils n’ont pas été concernés par les violences sexuelles, mais savoir qu’ils avaient évolué dans cet environnement, et rencontrer les familles touchées, m’a profondément bouleversée.

Pourquoi créer un guide plutôt que de vous tourner vers les autorités ?

Clémence Dru : j’ai ressenti le besoin d’agir vite, et de façon utile. J’ai rassemblé les informations essentielles sur la prévention, les mécanismes utilisés par les agresseurs, les signaux d’alerte à repérer chez un enfant, les bons réflexes en cas de doute, et les questions concrètes à poser aux écoles, crèches, clubs sportifs ou centres de loisirs. Le document a été relu par une ancienne juge pour enfants, des directeurs d’établissement et des pédopsychiatres. Mon intention était simple : rendre accessibles des informations qui existent mais que personne ne regroupe.

Et qui l’a diffusé, finalement ?

Clémence Dru : au départ, je pensais toucher des parents. Très vite, le guide a été relayé par des enseignants, des médecins, des associations, des avocats, des mairies. Cela dit quelque chose sur le vide qu’il comble.

Briser le silence : pourquoi la parole des adultes protège les enfants

Vos recherches ont-elles changé votre façon de voir le problème ?

Clémence Dru : Oui, complètement. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas de faits isolés, mais d’un phénomène qui traverse tous les milieux et tous les lieux auxquels nous confions nos enfants. En moyenne, trois élèves par classe sont victimes de violences sexuelles au cours de leur enfance. Et les institutions peinent encore à protéger, comme à accompagner les victimes après les faits.

Vous avez aussi lancé un tee-shirt. Pourquoi ce geste-là, en plus du guide ?

Clémence Dru : avec mon frère, nous avons imaginé un tee-shirt mixte dont le message est “En parler”. Parce que parler protège, et parce que le silence reste le meilleur allié des agresseurs. La totalité des bénéfices est reversée à l’association Enfance & Partage, qui accompagne les victimes et leurs familles depuis près de cinquante ans, avec un soutien psychologique, juridique et humain.

Qu’est-ce que cette mobilisation vous a appris sur les mères, aujourd’hui ?

Clémence Dru : j’ai vu des milliers de femmes se mobiliser, partager, relayer, informer. Des mères prêtes à tout pour protéger leurs enfants, mais aussi des pères, moins nombreux et tout aussi engagés. Être mère en 2026, pour moi, c’est essayer de garder de l’espoir et d’en transmettre à ses enfants dans un monde qui ne tourne pas toujours très rond. C’est aussi choisir de croire que les choses peuvent changer, si davantage d’adultes osent être vigilants et briser le silence.

Le guide est disponible sur protegernosenfants.fr.

Crédit photo @Instagram Clémence Dru