3,3 millions de Français sont directement touchés par l’infertilité, un chiffre en augmentation constante selon le rapport remis au gouvernement par le Pr Samir Hamamah et Salomé Berlioux. Derrière cette donnée, des parcours longs, souvent silencieux, et une question qui s’invite désormais dans le débat public, jusqu’à l’Élysée, qui en a fait « le tabou du siècle ». Que disent les chiffres, et surtout, que disent les spécialistes de cette progression qui touche autant les hommes que les femmes ?
Infertilité : une définition médicale précise et des chiffres en hausse
La médecine parle d’infertilité lorsqu’aucune grossesse ne survient malgré des rapports sexuels non protégés pendant au moins douze mois. D’après les données de l’Enquête nationale périnatale et de l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France, 15 à 25 % des couples sont concernés à ce stade. La proportion descend entre 8 et 11 % après deux ans de tentatives, signe qu’une part importante des grossesses arrive simplement plus tard que prévu. Ce délai explique la prudence des médecins, qui invitent à ne pas s’alarmer avant un an de tentatives chez un couple jeune et en bonne santé.
L’ampleur du phénomène se confirme à toutes les échelles. Environ un couple sur huit consulte en France pour des difficultés à concevoir, et l’Organisation mondiale de la santé estime que 17,5 % de la population adulte mondiale est confrontée à l’infertilité au cours de sa vie. Cette réalité médicale s’inscrit dans un mouvement démographique plus large : l’indicateur conjoncturel de fécondité français est passé de 2,00 à 1,62 enfant par femme entre 2010 et 2024.
Contrairement à une idée tenace, le sujet ne concerne pas d’abord les femmes. Selon l’Inserm, environ 30 % des infertilités sont d’origine masculine et 30 % associent un déficit de fécondité chez les deux partenaires. Dans 10 à 25 % des cas, aucune origine n’est identifiée après un bilan complet des deux membres du couple. L’infertilité est donc une histoire à deux, y compris dans ses zones d’ombre.
Causes de l’intertilité et prise en charge : les pistes des spécialistes
Pour les experts, la progression du phénomène tient à un faisceau de facteurs. L’âge parental qui recule, les troubles de l’ovulation, l’endométriose, l’altération de la production de spermatozoïdes, mais aussi l’exposition aux polluants et aux perturbateurs endocriniens, ainsi que des facteurs liés au mode de vie comme l’obésité, le tabac ou le stress figurent parmi les causes documentées. Le déclin de la fertilité masculine inquiète tout spécialement les chercheurs : une analyse publiée en 2017 a mis en évidence une baisse de plus de 50 % de la concentration en spermatozoïdes chez les hommes des pays industrialisés entre 1973 et 2011.
Face à ce constat, le rapport Hamamah-Berlioux a posé les bases d’une réponse collective. Ses auteurs recommandent de renforcer la formation des médecins et des professionnels de santé, encore peu familiarisés avec le sujet, de développer la recherche en reproduction humaine et de créer un Institut national de la fertilité. Côté patientes et patients, les spécialistes insistent sur la précocité du bilan, car l’âge reste le facteur le plus déterminant. Avant 35 ans, le taux de grossesse par cycle de FIV atteint 25 à 30 %, contre 15 % entre 35 et 40 ans et 5 % après 42 ans. Une prise en charge médicale permet de résoudre une partie des situations, et la procréation médicalement assistée de contourner la plupart des difficultés restantes, même si les délais d’accès aux soins demeurent inégaux selon les territoires.
Reste la dimension la plus silencieuse du sujet : sa place dans la vie sociale et professionnelle. Une vaste enquête nationale menée fin 2025 par le Collectif BAMP auprès d’un millier de salariés documentait l’impact des parcours d’assistance médicale à la procréation sur la vie au travail, un domaine où la question reste largement invisible. Les chiffres existent désormais, les expertises aussi. La parole, elle, commence seulement à trouver son espace.
Crédit photo : Hrant Khachatryan

