“J’ai voulu crier ‘sauvez-moi'” : Nelly raconte sa dépression post-partum

Elle est joyeuse, active, entière. Son fils naît en août 2024 et elle l’aime immédiatement, d’un amour qui déborde. Ce n’est pas le problème. Le problème, c’est tout le reste : le sommeil qui s’effondre, le contrôle qui disparaît, les repères qui lâchent un par un. Pendant un an, Nelly traverse une dépression post-partum sévère. Elle en parle aujourd’hui pour que d’autres femmes comprennent, enfin, qu’elles ne sont pas folles.

S’effondrer et 15 km dans son salon

Il y a une chose que personne ne dit vraiment avant d’accoucher. On peut aimer son enfant à en perdre le souffle et se noyer quand même. Les deux coexistent, sans se contredire, parfois pendant des mois. C’est l’histoire de Nelly.

Son fils naît en août 2024. L’amour arrive aussitôt, total, comme une déflagration. « Une vague que je ne saurais pas décrire tellement c’est intense. » Elle avait entendu que parfois ça prenait du temps mais pour elle, c’est instantané. Mais un mois après la naissance, autre chose s’installe. Discrètement d’abord et puis de plus en plus fort.

Le bébé pleure beaucoup, il ne dort que sur elle, en mouvement. Le moindre bruit le réveille. Nelly fait environ 15 kilomètres en une journée de pluie entre les quatre murs de son appartement, écouteurs vissés sur les oreilles, son fils collé contre elle. Le congé maternité dont elle avait vaguement imaginé les contours (style les terrasses, les amies, la lenteur…) ne ressemble à rien de tout ça. Elle ne peut pas aller au restaurant. Elle ne peut pas s’asseoir à un café. Elle reste debout, elle se balance, elle fait tout pour éviter les pleurs. « Ses pleurs me tétanisaient. »

La privation de sommeil finit le travail. Chaque matin, au réveil, épuisée avant même de commencer, elle anticipe la journée et les crises d’angoisse arrivent. Elle perd 25 kilos en deux mois. Elle ne mange presque plus. Elle n’a plus d’envies. « Je me sentais en mode survie. »

Un après-midi, elle confie son fils à ses parents quelques heures et marche dans Paris sans destination. Elle s’installe à une terrasse, regarde les gens autour d’elle. « C’était comme s’ils vivaient dans une vie parallèle. Ils étaient libres. Ils pouvaient dormir quand ils voulaient. » Elle les regarde et elle ne se reconnaît plus dedans. Le paradoxe la ronge sans relâche : elle ne veut pas quitter son bébé, et elle rêve d’un temps pour elle. Les deux désirs existent ensemble, sans résolution.

Ce qui la déstabilise le plus, c’est de ne pas se reconnaître. Elle est quelqu’un de joyeux et  elle ne connaît pas la dépression, elle n’en a jamais vu le visage de l’intérieur. « Je me voyais malade. Et je n’arrivais pas à m’en sortir même si je le souhaitais de tout mon cœur. Je tournais autour de ce vide. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. » Elle veut crier, elle sait que personne ne peut la sauver, elle tient quand même.

Un mot, et tout change

C’est une professionnelle de la PMI qui pose les mots dessus. Dépression post-partum. Ce diagnostic ne guérit rien d’un coup mais il nomme, et nommer change quelque chose. « Elles m’ont dit que ça ne faisait pas de moi une mauvaise mère. Bien au contraire. » Nelly est suivie pendant toute la première année. Elle écoute des podcasts, cherche des témoignages. Entendre d’autres femmes raconter exactement la même chose lui fait un effet immédiat. « On se sent moins seule. On se dit qu’on n’est pas folle. »

Petit à petit, quelque chose bouge. Les coliques passent. Le reflux aussi. Les premiers sourires arrivent. Elle se raccroche à chaque minuscule victoire, à chaque centimètre gagné. « Le bonheur est d’abord timide. Et puis il devient de plus en plus présent, jusqu’à inonder les moments du quotidien. »

Son fils a presque deux ans aujourd’hui. Cet épisode est derrière elle. Elle en parle parce que le silence coûte trop cher,  parce que trop de femmes traversent ça en se croyant seules, en se croyant mauvaises mères, en cherchant une faille en elles qui n’existe pas.

« Vous n’êtes pas seule. Vous n’êtes pas folle. Vous êtes une très bonne mère. Et il n’y a pas de plus belle preuve d’amour que de se battre pour tenir, pour lui. »

La PMI propose un suivi gratuit et confidentiel. Votre médecin ou gynécologue peut vous orienter.