Fausse couche : le silence, puis l’après

Une grossesse sur cinq se termine ainsi. Dans l’indifférence, souvent. Dans la culpabilité, presque toujours. Sophie a vécu les deux. Ce matin de mars, Sophie s’en souvient dans ses moindres détails. Elle avait dix semaines de grossesse quand son corps a commencé à lui échapper. Une tache de sang, puis la certitude que quelque chose était en train de se terminer. Elle a foncé aux urgences de la maternité avec son compagnon, ils avaient déjà imaginé la chambre, les prénoms, les premières vacances. En quelques heures, tout cela est devenu une parenthèse sans suite.

Ce que personne ne dit à propos de la fausse couche 

L’attente a duré deux heures. Assise parmi des femmes au ventre rond, des nourrissons dans les bras de leurs mères. « C’était horrible à supporter », dit-elle. Quand le médecin l’a enfin reçue il a regardé l’échographie et lâché sans lever les yeux : l’œuf est vide, ne pleurez pas, l’enfant n’était pas viable. Un curetage a été programmé. Elle est repartie avec une ordonnance et l’impression d’avoir été traitée comme un numéro. « Atroce », résume-t-elle.

La fausse couche concerne une grossesse sur cinq. C’est une réalité médicalement documentée, statistiquement courante et pourtant l’un des deuils les moins reconnus qui soit. On ne peut enterrer la vie qui commençait à battre en nous, on ne reçoit pas de fleurs, on n’a pas forcément le droit à l’arrêt de travail, on rentre chez soi avec le silence comme seul horizon.

Pendant plusieurs mois, Sophie s’est convaincue que c’était de sa faute, et son compagnon aussi.

« On s’en est voulu tous les deux, longtemps. »

Ce sentiment de culpabilité est pourtant dans l’immense majorité des cas, médicalement infondé.  En effet, les fausses couches précoces sont le plus souvent liées à des anomalies chromosomiques aléatoires, indépendantes de tout comportement. C’est à dire que ni le stress, ni l’activité physique modérée, ni un repas pris au mauvais moment n’en sont la cause (et pas même la coupette de champ’ au jour de l’an). Mais la culpabilité ne se raisonne pas et ce d’autant quand personne, absolument personne dans la salle de soins ne prend le temps de vous l’expliquer.

Il faut le dire aussi, certains professionnels de santé font un travail remarquable dans ces moments-là, certaines sages-femmes, des gynécologues qui prennent le temps, et qui posent les bons mots sur ce qui vient de se passer. Malheuresement, l’expérience de Sophie reflète ainsi une réalité trop fréquente, même si ce n’est pas une fatalité.

Est ce qu’il faut changer de médecin?

Quelques mois plus tard, Sophie est retombée enceinte, elle a voulu changer de corps médical et son gynécologue. Peut être par superstition dans un premier temps, afin d’effacer les terribles traces de son passé, mais cette fois elle est tombée sur une femme qui a écouté, nommé ce qui s’était passé, et l’a accompagné dans chaque rendez-vous avec attention.

« À partir de ce moment, j’ai vraiment pu faire le deuil de mon bébé et vivre ma grossesse pleinement. » L’angoisse n’a pas disparu d’un coup, d’ailleurs elle ne disparaît jamais totalement après une perte mais elle est devenue un peu plus gérable.

Ce changement, en apparence anodin, a tout modifié car il rappelle que la relation avec son médecin n’est pas une futilité et que nous avons le droit de ne pas se sentir en confiance, et le droit de partir.

L’accouchement a été difficile pour Sophie, une césarienne en urgence au terme d’un travail éprouvant. Mais quand on lui a posé sa fille sur le ventre, tout s’est dénoué. « J’ai tout oublié. J’ai pleuré de joie. C’était magique. » Sa fille s’appelle Laura.

L’étape d’après : nos ressources 

L’histoire de Sophie nous dit la fausse couche ne devrait pas se porter seule dans la honte. Elle devrait pouvoir être traversée avec des soignants formés à prendre le temps et donner droit à un deuil reconnu, cela sans  même que les femmes aient à justifier leur peine devant ceux qui leur disent que c’était pour le mieux.

Des ressources existent. Des associations comme l’ANPAA ou le réseau JUMEAUX & PLUS accompagnent les parents en deuil périnatal. Des psychologues spécialisés le sont tout autant, et n’hésitez pas à en parler à votre médecin généraliste, ce qui reste souvent le premier pas le plus accessible.

Ressources : le 3114 (numéro national de prévention du suicide) peut aussi orienter vers un soutien psychologique. L’association SPAMA (Soutien et Partage Après une Mort d’Ange) accompagne spécifiquement les parents après une fausse couche ou un deuil périnatal.

Crédit photo : Pablo Merchan