Depuis 1996, une synthèse portant sur trente-neuf études américaines établit qu’un mois d’apprentissage se perd en moyenne pendant les grandes vacances, et davantage encore en mathématiques qu’en lectureselon des recherches menées depuis 1906, une part non négligeable des élèves commence l’année scolaire avec un niveau plus faible que celui qu’ils avaient à la fin de l’année précédente, une perte estimée à un mois d’apprentissage, plus prononcée en mathématiques qu’en lecture. Face à ce constat, une question revient chaque été dans les foyers : faut-il imposer des devoirs de vacances aux enfants ? Entre les partisans de la continuité pédagogique et les défenseurs d’un repos cérébral total, la littérature scientifique invite à sortir du dilemme binaire pour dessiner les contours d’un équilibre à construire, matière par matière et enfant par enfant.
La perte des acquis estivale, un phénomène documenté depuis plus d’un siècle
Le point de départ de ce champ de recherche remonte à l’article fondateur d’Harris Cooper, publié en 1996. Ce travail s’appuie sur trente-neuf études traitant du phénomène, dont la plus ancienne remonte à 1906, et montre une perte minimale d’un mois d’apprentissage entre les tests soumis aux élèves au printemps et des tests identiques passés à l’automne suivant. Certaines analyses plus récentes vont plus loin : des élèves peuvent perdre l’équivalent de deux mois d’apprentissage, avec un déclin plus marqué en mathématiques qu’en lecture, et cette perte touche particulièrement les enfants issus de milieux socio-économiques modestes, qui manquent souvent d’un accès à des activités éducatives enrichissantes pendant l’été.
Cette réalité justifie, aux yeux de nombreux enseignants, le principe même des cahiers de vacances. Reste que leur efficacité dépend largement de la manière dont ils sont utilisés. Un rapport remis en 2008 au ministère de l’Éducation nationale, consacré aux pratiques de travail scolaire hors école, appelle à la prudence méthodologique : les dispositifs obtenant les résultats les moins contestables sont ceux qui restent très directement en prise sur le travail scolaire, loin des formules les plus rigides ou les plus généralistes.
Sur le terrain, l’écart entre l’intention et la pratique reste important. Une étude de l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu) montre que 60 % des enfants font leurs devoirs de vacances avec leurs parents, mais que 91 % d’entre eux s’y consacrent moins d’une fois par semaine, et que seuls 23,4 % des enfants achèvent totalement le cahier qui leur a été confié. Loin d’invalider la démarche, ces chiffres rappellent surtout qu’un cahier entier, pensé pour occuper deux mois, correspond rarement au rythme réel d’une famille en vacances.
Dosage, rythme et alternatives pour des devoirs de vacances sans pression
Face à ce constat, la plupart des pédagogues s’accordent sur un principe : la régularité prime sur la quantité. Un plateforme spécialisée en soutien scolaire résume cette approche en soulignant qu’une réponse dosée, adaptée au niveau de l’enfant et intégrée naturellement dans le quotidien estival vaut davantage qu’un programme de révisions intensif concentré sur les derniers jours des vacances.
Une plateforme de communication scolaire, de son côté, insiste sur la fonction de ces devoirs plutôt que sur leur volume : ils ne sont pas à prendre comme une injonction, mais comme un guide et une aide, destinée à maintenir un lien avec les habitudes d’apprentissage sans reproduire la pression de l’année scolaire.
Cette logique se traduit par quelques leviers concrets. Établir un rétroplanning dès le début des vacances, en identifiant avec l’enfant les échéances et le temps nécessaire à chaque tâche, évite les mauvaises surprises de dernière minute. Un espace de travail calme et dégagé de toute distraction favorise également la concentration sur les courtes plages consacrées aux devoirs.
Enfin, la littérature scientifique rappelle que le repos cognitif joue un rôle actif dans la consolidation des apprentissages : un cerveau au repos reste stimulé par les activités du quotidien, qu’il s’agisse de lecture libre, de jeux de logique, de sorties culturelles ou de pratique sportive. Ces alternatives ne remplacent pas les devoirs à proprement parler, mais elles participent au même objectif, celui de maintenir une forme d’éveil intellectuel sans reproduire l’exigence scolaire.
Entre la crainte de la perte des acquis et le besoin réel de repos, la question des devoirs de vacances ne trouve pas de réponse universelle. Elle invite plutôt chaque famille à ajuster le curseur selon l’âge de l’enfant, ses difficultés spécifiques et le rythme des vacances elles-mêmes. Un jeu de société un soir de pluie ou une visite de musée peuvent parfois faire autant pour la mémoire d’un enfant qu’une page d’exercices remplie sous la contrainte.

