Maternités : le pari du lit double pour ne plus séparer les jeunes parents

Longtemps cantonné au canapé convertible ou au fauteuil « lit d’appoint », le second parent gagne du terrain dans les chambres de maternité. Plusieurs établissements français expérimentent désormais l’installation de vrais lits doubles, permettant aux couples de passer ensemble la première nuit après la naissance. Une évolution modeste dans ses proportions, mais révélatrice d’un changement de regard sur la place du père (ou du co-parent) au moment de l’accouchement.

Une pratique encore rare, mais qui essaime

L’exemple le plus documenté reste celui de la maternité du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, pionnière en la matière depuis 2019. Grâce à une campagne de financement participatif ayant réuni plusieurs milliers d’euros auprès de plus d’une centaine de donateurs, l’établissement a pu installer ses premiers lits doubles médicalisés, sans surcoût pour les familles. Sur la trentaine de chambres que compte la maternité, une poignée seulement sont assez spacieuses pour accueillir ce type d’équipement, l’objectif affiché étant d’étendre progressivement le dispositif.

D’autres maternités ont depuis suivi le mouvement. À Paris, la maternité du Franco-Britannique propose désormais des chambres parentales avec lit double permettant d’accueillir le co-parent pour toute la durée du séjour. Ailleurs, comme à Limoges à la polyclinique des Émailleurs, c’est un lit supplémentaire systématique qui est proposé dans chaque chambre. Ces initiatives restent toutefois minoritaires : dans la majorité des services, le lit simple couplé à un fauteuil d’appoint demeure la norme, quand ce n’est pas un matelas au sol ou, plus rarement, l’obligation pour l’accompagnant de rentrer chez lui la nuit.

« Maintenir le lien », selon les sages-femmes

Du côté du personnel soignant, l’argument mis en avant dépasse le simple confort. Une sage-femme ayant participé au projet grenoblois explique que la période qui suit immédiatement la naissance correspond à un pic de sécrétion d’ocytocine, l’hormone associée au lien affectif, et qu’il paraît essentiel que le père ou le co-parent puisse rester physiquement proche de sa compagne à ce moment-là plutôt que d’être relégué à un lit d’appoint séparé.

D’autres professionnels de la périnatalité insistent également sur la dimension psychologique pour le second parent lui-même : trop souvent invisibilisé dans le parcours de naissance, il traverse pourtant ses propres inquiétudes, sans toujours bénéficier d’une écoute dédiée. Plusieurs sages-femmes plaident ainsi pour une attention systématique portée à cet « autre parent », qu’il s’agisse d’un simple geste d’accueil ou d’un aménagement matériel comme le lit double.

La question, en creux, de l’implication des pères

Au-delà du confort hôtelier, c’est bien la place du père dans les premiers jours de vie de l’enfant qui se joue derrière ces lits doubles. En permettant une présence continue dès la maternité, ces dispositifs s’inscrivent dans une évolution plus large : allongement du congé paternité depuis 2021, multiplication des recherches sur l’attachement père-enfant, revendication croissante d’une parentalité plus paritaire. Reste que ces expérimentations dépendent encore largement de financements ponctuels ou de la bonne volonté de quelques équipes, loin d’une politique hospitalière généralisée. De quoi interroger, plus largement, sur les moyens que la société est prête à donner aux pères pour s’impliquer réellement dès les premières heures, et pas seulement en filigrane du séjour maternel.

Pour aller plus loin :

France 3 Régions : À Grenoble, une maternité installe des lits doubles pour permettre aux couples de se sentir comme à la maison

France Info : Naissance : un lit familial à la maternité

Slate.fr : Les pères devraient pouvoir rester dormir à la maternité

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