Elsa, 34 ans, a écrit cette lettre huit mois après la naissance de sa fille Léa. À elle-même, à celle qui ne savait pas encore. La chute de cheveux post-partum touche entre un tiers et la moitié des femmes après l’accouchement. Elle est documentée, réversible, prévisible. Et pourtant presque personne n’en parle avant que ça arrive.
Chère moi d’avant,
Tu ne sais pas encore ce qui t’attend. Enfin si, tu sais plein de trucs. Les nuits, les crevasses, les pleurs, le blues du troisième jour. Tout le monde t’en a parlé, parfois avec un sourire un peu sadique de celle qui est passée par là.
Ça a commencé à trois mois pile. Dans la douche un mardi matin, tu as regardé ta main, et t’as fait le genre de visage qu’on fait quand on ne comprend pas encore ce qui se passe mais qu’on sent que c’est pas bon. T’as regardé autour de toi et le bac était tapissé de tes cheveux. T’as compté, machinalement puis t’as arrêté de compter assez vite.
Les semaines suivantes, t’en as retrouvé partout, d’abord sur l’oreiller, dans le siège auto, puis dans le porte-bébé, sur la nuque de ta fille comme si elle portait tes cheveux comme des bijoux. T’as changé ton shampoing, toute ta routine haircare, puis ta brosse à cheveux. Très vite, tu as eu l’envie d’aller te documenter sur google à 2h du mat pendant les tétées, ce qui n’est jamais une bonne idée mais c’est comme ça.
T’as lu des forums entiers avec des femmes qui décrivaient exactement la même chose, avec les mêmes mots, le même effroi un peu disproportionné et en même temps pas du tout. Tu t’es sentie moins seule et encore plus angoissée, c’est un talent particulier d’internet.
Tu as évité les queues de cheval parce que voir la quantité de cheveux autour de l’élastique te faisait un effet physique, dans le ventre. Tu t’es regardée dans le miroir avec une lampe de téléphone pour voir si ça se voyait sur le dessus du crâne. Spoiler : un peu. Tu as mis une semaine à en parler à quelqu’un parce que ça te semblait à la fois grave et complètement superficiel et tu ne savais pas sur quel pied danser avec toi-même.
Ta mère t’a dit que tu avais l’air fatiguée. Tu lui as répondu que oui, tu avais un bébé de trois mois, merci.
Ce qui se passait vraiment
Pendant la grossesse, les hormones maintiennent les cheveux en phase de pousse bien plus longtemps qu’à l’ordinaire. Au cours des deuxième et troisième trimestres, seulement 10 % des cheveux sont en phase de chute, contre 15 % en temps normal. Tes cheveux étaient magnifiques pendant neuf mois, t’en souviens ? Épais, brillants, tu te demandais si c’était le prénatal ou la génétique ou si finalement t’avais juste eu de la chance. C’était ni l’un ni l’autre, c’était du sursis.
Après la naissance, la chute brutale des œstrogènes synchronise tous les cycles pilaires d’un coup. C’est ce qu’on appelle l’effluvium télogène post-partum, et la chute se manifeste généralement deux à quatre mois après l’accouchement. Tous les cheveux retenus pendant neuf mois partent ensemble, en quelques semaines.
Normalement, moins de 20 % des cheveux sont en phase de chute. En cas d’effluvium télogène, ce pourcentage peut monter à 70 %. Ce qui explique pourquoi t’as l’impression de te déplucher.
Ce que t’aurais aimé savoir
Que ça s’arrête. La densité se normalise généralement entre neuf et douze mois après l’accouchement. Que les repousses arrivent avant ça, souvent dès le sixième ou septième mois, ces petits cheveux frisottants le long du visage que t’as d’abord pris pour des poils parasites avant de comprendre que c’était la vie qui revenait.
Que si la chute te semblait vraiment hors normes, ou si elle s’accompagnait d’une fatigue de fond, d’ongles cassants, d’une impression d’être à plat même après avoir dormi, il fallait demander un bilan sanguin. L’existence d’une carence en fer est systématiquement à rechercher après l’accouchement, par un simple dosage de la ferritine. Un accouchement saigne, les réserves en fer chutent, et un déficit en fer aggrave la chute capillaire de façon significative. Ton médecin ou ta sage-femme peut le prescrire en deux secondes.
La thyroïdite post-partum touche entre cinq et dix pour cent des femmes et peut aussi provoquer une chute accrue. Si la chute dépasse six mois sans amélioration, ou s’accompagne d’autres symptômes, une consultation s’impose. Pas pour catastrophiser. Juste pour ne pas rester seule avec une hypothèse.
Que les cheveux tombent quand un nouveau repousse, et que dans ce type de perte, la chute est en réalité un signe de repousse.
Elsa, 34 ansLettre écrite huit mois après la naissance de Léa
Crédit photo : Ohlamourstudio

