Post-partum 2.0 : les nouveaux luxes des jeunes mères

Voilà un sujet qui mérite qu’on s’y attarde, parce que la définition du luxe a complètement basculé pour cette génération de jeunes mères. On parle d’une catégorie de femmes, souvent urbaines, souvent CSP+, qui ont grandi avec Instagram, qui ont retardé la maternité, et qui débarquent dans le post-partum avec des attentes radicalement différentes de celles de leurs propres mères.

Dormir, le nouveau caviar

Le luxe ultime, aujourd’hui, ce n’est plus la poussette dernier cri ou le faire-part gravé, c’est le sommeil. Une nuit complète est devenue la monnaie d’échange la plus rare, et tout un écosystème s’est construit autour de ça. Les night nurses, ces nounous de nuit qui débarquent à 21 heures et repartent à 7 heures du matin pendant que la mère dort, sont l’exemple le plus parlant. Il y a dix ans, c’était une pratique anglo-saxonne réservée à une micro-élite. Aujourd’hui, des cadres trentenaires en font une ligne budgétaire assumée, au même titre qu’un abonnement à la salle de sport.

Autre marqueur fort, la doula post-partum. On n’est plus dans l’accompagnement de l’accouchement, on est dans le soin de la mère après. Quelqu’un qui vient chez vous, qui prépare des bouillons reminéralisants, qui plie le linge, qui écoute, qui masse parfois. Le luxe, ici, c’est de déléguer la charge mentale invisible.

Le retour de la médecine chinoise et de l’ayurveda dans la sphère post-natale est aussi très révélateur. La cure des quarante jours, popularisée par certaines sages-femmes qui ont fait leur petit empire Instagram, propose des plats préparés, livrés à domicile, censés “refermer” le corps après l’accouchement. C’est un luxe qui se présente comme un retour aux sagesses ancestrales, mais qui s’inscrit dans une logique de service très contemporaine.

Et puis il y a tout le volet rééducation. Le périnée n’est plus le tabou qu’il était. Les jeunes mères vont voir des kinés spécialisés en pelvi-périnéologie, et l’hypopressif ou la méthode De Gasquet font partie du vocabulaire courant. On voit même apparaître des retraites post-partum en Normandie ou dans le Luberon, des week-ends où la mère vient avec son bébé, dort, mange bio, fait du yoga sur tapis chauffant.

Le matériel suit la même courbe. Le Snoo, ce berceau connecté américain qui berce le bébé automatiquement quand il pleure, est devenu un objet de statut social discret. On ne l’affiche pas, mais on en parle entre initiées. Pareil pour les tire-laits mains libres nouvelle génération, qui permettent de tirer son lait en réunion Zoom sans que personne ne s’en rende compte.

Le luxe comme cache-misère

La génération précédente recevait des cadeaux de naissance pour le bébé. Cette génération-ci se fait offrir, ou s’offre, des services pour elle-même. Le shower n’est plus rempli de bodies en coton bio, il contient une cagnotte pour la night nurse ou un bon pour un massage Kobido à domicile.

Reste une question qui mérite d’être posée. Tout cet écosystème prospère sur un constat assez glaçant, celui d’un congé maternité français trop court et d’un soutien institutionnel au post-partum largement défaillant. Le luxe comble un manque. Aux Pays-Bas, une auxiliaire formée, la kraamzorg, intervient au domicile de chaque jeune mère pendant huit jours, prise en charge par la collectivité. En France, on paie cette même présence à prix d’or. Le luxe des unes est, ailleurs, un service public.

Crédit photo : @Toa Eftiba