Préadolescence : émotions, téléphones, réseaux sociaux… comment garder le lien avec son enfant ?

Un matin, presque du jour au lendemain, vous ne reconnaissez plus trop votre enfant, en tout cas pas tout le temps. Il devient plus secret, réclame davantage d’intimité, change d’humeur en quelques minutes et accorde soudain énormément d’importance à ses copains. Bienvenue dans la préadolescence ! Cette période de transition, qui survient généralement entre 9 et 12 ans, peut parfois déstabiliser les parents autant que les enfants.

Alors, comment comprendre ces changements et être là pour lui « comme il faut », ni trop son dos, ni trop libre ? La co-fondatrice d’IAMSTRONG, Anne-Claire de Pracomtal, nous éclaire sur ce sujet.

La préadolescence, une période de grands changements

La préadolescence n’a pas de définition médicale précise. Elle correspond à cette période intermédiaire où l’enfant commence à quitter progressivement l’enfance sans être encore adolescent. Les premiers signes de puberté peuvent apparaître, le corps change, les émotions deviennent plus intenses et le regard des autres prend une place de plus en plus importante.

Une des particularités de cette période est la grande hétérogénéité dans le développement. Alors que certains enfants voient déjà leur corps se transformer, d’autres conservent encore une apparence très enfantine. Ces différences, typiques de cette période, peuvent être déstabilisantes et parfois générer des complexes ou un sentiment de décalage chez les enfants.

On observe également une ambivalence assez marquée à cet âge : notre enfant a besoin de davantage d’autonomie mais il a aussi besoin de ses repères d’enfant, de ses habitudes et de notre présence rassurante. Donc attention à ne pas « le lâcher » trop vite !

Au niveau cérébral, le cerveau de l’enfant est en pleine maturation à la préadolescence. Les zones liées aux émotions et à la recherche de sensations se développent rapidement, tandis que celles qui permettent de prendre du recul, réguler ses émotions et anticiper les conséquences mûrissent plus lentement (certaines jusqu’à 25 ans… !). Ce décalage peut expliquer certaines réactions émotionnelles parfois intenses ou difficiles à comprendre pour les parents.

« Laisse-moi tranquille ! » : pourquoi notre enfant prend ses distances ?

Disons-le, cette mise à distance soudaine n’est pas très agréable pour les parents, mais elle est tout à fait normale ! À cet âge, l’enfant commence à se demander qui il est en dehors de ses parents. Il a besoin de s’opposer, de faire ses propres choix, de tester les limites et de garder certaines choses pour lui.

« Cette prise de distance est une étape normale dans la construction de l’identité. Il ne faut pas s’en offusquer ! Elle ne signifie pas que notre enfant n’a plus besoin de nous », explique Anne-Claire de Pracomtal.

Notre rôle évolue donc progressivement : il ne s’agit plus de tout faire à sa place, mais de lui permettre d’expérimenter son autonomie tout en restant un point d’appui.

Des émotions parfois difficiles à gérer

Les préadolescents peuvent passer rapidement de l’enthousiasme à la colère ou à la tristesse. Leur capacité à réguler leurs émotions est encore en construction et certaines situations peuvent prendre beaucoup d’importance à leurs yeux.

Face à une réaction qui nous semble disproportionnée, mieux vaut commencer par accueillir ce que notre enfant ressent plutôt que de chercher immédiatement à relativiser : « Je comprends très bien que tu sois déçu » est plus efficace que « Ce n’est pas si grave ».

L’objectif n’est pas d’éviter toutes les émotions difficiles, mais d’aider progressivement notre enfant à les identifier et à apprendre à les traverser.

Copains, téléphone, réseaux : un nouveau monde à apprivoiser

À mesure qu’il grandit, le groupe d’amis prend une place de plus en plus importante. Les échanges avec les copains peuvent se poursuivre sur le téléphone et les réseaux sociaux, qui ne sont pas uniquement des sources de distraction : ils participent aussi pleinement à la vie sociale de l’enfant.

Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faut tout laisser passer. Un cadre et des limites sont nécessaires : horaires, temps d’écran, téléphone hors de la chambre la nuit ou encore repas sans écran sont, par exemple, des règles simples à mettre en place dès maintenant.

Pour que ces règles soient mieux acceptées, l’idéal est d’en parler avec notre enfant pour les définir et se mettre d’accord ensemble, afin qu’il les comprenne et s’engage lui aussi à les respecter.

Comment garder le lien quand son enfant grandit ?

À cet âge, notre enfant ne nous raconte pas tout ce qu’il vit. Alors plutôt que de multiplier les questions, on peut profiter des moments du quotidien pour discuter et ainsi garder le lien : un trajet en voiture, une promenade, un moment avant le coucher…

Et s’il ne souhaite pas parler, inutile de forcer. « L’essentiel est que l’enfant sache que la porte reste ouverte. Même lorsqu’il ne nous parle pas, il doit sentir que nous sommes disponibles, quoi qu’il arrive, s’il en ressent le besoin », souligne Anne-Claire.

Au-delà de ces moments d’échange, il est également important de lui montrer qu’on a confiance en lui et qu’on l’aime pour ce qu’il est et ce qu’il fait, indépendamment de son apparence ou de ses résultats scolaires. À cet âge, notre regard de parent joue un rôle essentiel pour l’aider à construire sa confiance en lui et à se sentir bien dans sa peau.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Les changements d’humeur et le besoin de prendre de la distance sont normaux à cet âge, jusqu’à un certain point. Certains signes doivent attirer notre attention lorsqu’ils sont intenses et qu’ils s’installent dans la durée : tristesse ou anxiété persistante, isolement, perte d’intérêt pour les activités habituellement appréciées, troubles du sommeil, forte dévalorisation, difficultés scolaires ou relationnelles importantes, refus répété d’aller à l’école. Cette liste est non exhaustive : si vous avez un doute ou si vous sentez que quelque chose change chez votre enfant, n’hésitez pas à en parler à votre entourage ou à un professionnel.

Chez IAMSTRONG, des coachs et des psychologues accompagnent les enfants et leurs parents dans ces périodes de transition, avec des séances individuelles auprès de professionnels qualifiés et supervisés. Un premier rendez-vous est proposé gratuitement pour faire le point sur la situation et, si besoin, vous orienter vers l’accompagnement le plus adapté.