L’édito de Marion : est-ce que j’ai perdu ma liberté en devenant mère ?

On ne sait pas vous, mais depuis quelques temps on ressent un vrai besoin de partage et de sincérité. Les Louves a toujours été un espace de liberté et de bienveillance, et nous souhaitons faire un pas de plus pour partager l’intime avec vous, sans tabous : nous avons décidé de prendre la parole sur des sujets qui nous tiennent à  coeur, sur nos vies de femmes, de mères, de cheffes d’entreprise, d’amies… Parce qu’ensemble nous sommes plus fortes, et que parler, c’est déjà avancer. Pour cette série d’éditos, nous avons la chance de pouvoir compter sur le soutien de Gemmyo, la marque de joaillerie française sur-mesure, qui a à coeur comme nous d’exprimer la singularité de chaque femme*.

Cette semaine, après un édito sur le burn out maternel, et un autre sur le désir d’enfant, c’est Marion qui s’interroge sur ce que devient notre liberté quand on devient maman. Peut-on être mère et entièrement femme à la fois ? Comment vivre ses passions sans culpabiliser ? Est-ce que nos enfants nous empêchent d’être qui on a envie de devenir ?

Je n’avais pas du tout conscience en tombant enceinte du grand chamboulement qui se préparait dans ma vie. Après tout, c’était une suite logique des événements, les femmes autour de moi qui avaient passé la trentaine étaient quasiment toutes mamans, mes amies commençaient à tomber enceinte, je ne voyais pas en quoi l’arrivée d’un bébé allait rebattre les cartes : toutes travaillaient, continuaient à sortir en semaine entre copines, à partir en vacances, à mener une vie « comme avant ». Certes, je me doutais bien qu’en termes d’organisation ce serait un peu plus compliqué : rien que les premières démarches concernant le mode de garde me donnaient des maux de tête, et les premières questions sur l’allaitement, l’aménagement de la chambre du bébé et les autres détails logistiques me prenaient beaucoup de temps. Mais je me disais qu’une fois que le bébé serait là, tout se mettrait en ordre et que notre vie serait la même qu’avant, avec une personne en plus… Je me trompais évidemment sur toute la ligne. 

Dès l’arrivée de ma fille, c’est toute une machine qui s’est mise en branle, qui a bouleversé toutes mes certitudes, mes habitudes et tout ce qui jusque-là semblait bien ancré et indéboulonnable. Mon corps. Mon couple. Mon job. Ma vie sociale. Mes premiers pas de maman qui tâtonne et improvise sur absolument tous les sujets : le sommeil du bébé, la découverte des nuits qui n’en sont plus, la fatigue qui fait pleurer, les pleurs du bébé qu’on n’arrive pas à traduire, les engueulades de couple, l’impression de toujours en faire plus que l’autre… Les premiers mois ont été une sacrée claque. Et, à chaque fois que j’en parlais, mes amies me disaient qu’elles aussi en bavaient. Qu’on ne s’y attendait pas. Que nous étions toutes ou presque parties la fleur au fusil dans cette belle aventure et qu’on n’en revenait pas de trébucher dès les premiers pas…

  • Gemmyo x Les Louves
  • Gemmyo x Les Louves

À la fin de mon congé maternité, j’ai monté ma boîte. Ma fille était toute petite, je ne comptais plus mes heures au travail, on était complètement investies avec Marine dans ce qui allait devenir Les Louves, je travaillais tard, une fois ma fille couchée je rallumais mon ordinateur, je travaillais souvent le week-end… Très vite, j’ai culpabilisé. De ne pas être assez présente pour ma fille. De ne pas être assez investie dans les projets de mon mari. De ne pas avoir assez de temps pour développer ma boîte. Dès que j’accordais plus de temps à l’un, je me reprochais de délaisser les autres. S’est enclenchée une roue vicieuse de la culpabilité : l’impression de ne jamais être là où on m’attendait, de ne jamais faire assez. On entendait beaucoup à cette époque (et aujourd’hui encore !) « mieux vaut passer du temps de qualité avec ses enfants que beaucoup de temps avec eux sans être vraiment disponible ». Pour ma part, j’avais l’impression de passer peu de temps avec ma fille et de ne jamais être vraiment disponible : échec sur toute la ligne !

J’ai rapidement eu l’impression de ne plus disposer de moi, ni de mon corps ni de mon temps, ni même de mon esprit, sans arrêt occupé. « On n’a pas une minute à nous, même nos pensées sont phagocytées par le quotidien, les enfants, l’organisation de la maison », souligne une amie.

Surtout, je me suis confrontée à cette question qui ne me lâche plus depuis 6 ans : comment tout concilier ? J’assume entièrement le fait de ne pas vouloir être « que » maman, mais comment trouver la bonne place pour mes propres besoins et envies ?
Parce que devenir mère, je l’ai vite constaté, c’est souvent placer ses besoins entre parenthèse ou au second plan pendant un certain temps. Alors que la trentaine, c’est justement ce moment où tout se construit, tout se débloque en même temps : famille, couple, carrière… On apprend aussi à se connaître mieux, on se cherche encore beaucoup. Alors on fait quoi ? On ajourne ? On attend ? Au risque de ne plus retrouver l’envie ou l’élan quand on aura enfin le temps ? J’ai souvent cette sensation d’une double vie : celle que l’on voudrait vivre en tant que femme et celle que l’on vit vraiment, au quotidien, en tant que mère, happée par les obligations et les enfants.

Je le sais, cela ne dure qu’un temps, le temps de la petite enfance passe vite, on a ensuite à nouveau plus de temps pour soi et ses projets personnels. Mais quelle frustration ! Et si on n’a pas envie d’attendre ? Si la créativité, l’énergie que l’on sent bouillonner en soi devaient s’exprimer maintenant ? Si pour être bien et être moi-même j’avais besoin de réaliser ces projets sans les repousser à plus tard ? Devoir se résigner peut vite devenir synonyme d’abdication et mener à un insondable sentiment de frustration, de colère aussi parfois.

Gemmyo x Les Louves

« La vraie question est de savoir qui l’on est, une fois que l’on est maman », me souffle Marine. C’est vrai, maintenant que nous sommes mères, il est essentiel de découvrir ce qui nous définit, au-delà de cette maternité. Maintenant que la priorité est donnée aux besoins, envies, rythmes de nos enfants ; maintenant que l’on doit attendre, tout le temps : attendre pour pouvoir boire un café tranquillement, en silence, en lisant le journal. Attendre d’avoir quelques heures devant soi pour se mettre à dessiner, coudre, peindre, cuisiner, écrire, faire du sport…

Comment se retrouver et comment se nourrir, en dehors de la maternité ? Quid de ma liberté dans cette équation ? De ma liberté d’être qui je veux être. De faire ce que j’ai réellement envie de faire. Je ne pense pas qu’être libre signifie ne pas avoir d’obligations. Je pense qu’être libre c’est pouvoir vivre pleinement les choix que l’on pense être les bons pour nous. Mais quand on n’a ni le temps, ni l’énergie de les vivre, cela crée une tension, parfois un mal-être. « On passe pour une égoïste quand on veut prendre 1 heure, une journée ou un week-end pour soi, en laissant les enfants à son mari. Mais moi j’en ai besoin pour aller bien ! Je dois prendre du temps pour moi, consacrer du temps à mes passions, à mes envies, pour me remplir de belles choses et être prête ensuite à vivre le quotidien en famille », m’explique une amie, qui ne culpabilise plus de s’offrir des moments « off ».

Elles sont rares autour de moi à se l’accorder. Notamment à cause de cette injonction à profiter de nos enfants « parce que ça passe trop vite », cette petite phrase en apparence anodine que l’on entend dès son premier mois de grossesse et qui nourrit insidieusement un sentiment de culpabilité qui ne nous lâchera plus : on doit profiter de ces 9 mois de grossesse, même si on déteste être enceinte, même si on aimerait pouvoir boire un verre de vin et fumer des cigarettes en terrasse, on doit profiter de ces premiers mois avec son bébé, même si on est épuisée, même si on ne dort pas depuis des semaines, même si nos seins nous font mal à en pleurer au gré des montées de lait, même si on s’engueule de plus en plus souvent avec son mari sur des petites choses du quotidien, même si notre travail et notre vie sociale nous manquent… Et puis après on doit profiter encore, même si jongler entre un job qu’on adore et une vie de famille à plein temps peut nous faire perdre pied. Même si parfois on rêve juste de solitude, de silence et de temps pour soi. Alors on essaie de concilier le tout, les enfants, la carrière, l’amour, le sexe, les amis, et le tout sans se perdre tant qu’à faire. Je vous l’avoue : je me suis perdue. Et je pense ne pas être la seule quand j’écoute mes amies, collègues et lectrices…

« Comment retrouver ce qui nous anime vraiment quand on perd pied ? », nous demande Emilie. « Comment ne pas sacrifier mes passions à mes enfants », s’interroge quant à elle Marie. « J’ai besoin de temps pour être créative, dessiner, peindre », explique dans un mail Julia. Constance raconte : « j’ai appris à prioriser. Et à me remettre en tête de liste des priorités. J’ai besoin de temps pour m’écouter et pour souffler, désormais je me l’accorde ».

Pour ma part j’ai appris à mieux communiquer dans mon couple, pour mieux exprimer mes besoins : j’ai compris que ce n’était pas un luxe inaccessible de vouloir du temps pour moi, en dehors de mes heures de travail et des moments en famille. Il m’a suffi de le verbaliser pour que cela me paraisse évident et le soit aussi pour mon mari. Comment dégager du temps ? En répartissant les tâches. En simplifiant le quotidien. En lâchant prise sur des détails. Et surtout en ne me mettant plus la rate au court bouillon quand je n’utilise pas ce temps à bon escient : finie la productivité, j’ai aussi compris que parfois j’avais le droit de ne rien faire, parce que l’énergie n’arrive pas sur commande. L’inspiration et l’envie non plus. Et que tout faire rentrer dans des cases ne fonctionne pas toujours. Et parfois il faut ne rien faire pour se sentir enfin libre, vraiment.

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Nous remercions Gemmyo, la première marque de joaillerie personnalisée, fabriquée sur-mesure en France, grâce à qui nous pouvons réaliser cette série d’éditos à coeur ouvert. Gemmyo c’est avant tout une rencontre : on a longtemps rêvé d’y choisir notre bague de fiançailles, de se faire offrir l’un de leurs bijoux délicats à l’occasion d’une naissance ou de célébrer nos petites et grandes réussites personnelles en s’offrant l’une de leurs créations. Exprimer la singularité de chaque femme, oser devenir soi-même, explorer et s’accepter : nous partageons une même vision de la féminité et sommes honorées du soutien de Gemmyo. Marion porte des créations issues de la dernière collection EverBloom II, qui met à l’honneur les pierres de naissance.

Crédit photo : BellyBalloonPhotography x Les Louves