20 ans de Toutes à l’école : l’incroyable pari de Tina Kieffer

En 2005, la journaliste Tina Kieffer, alors directrice de la rédaction du magazine Marie Claire, fonde l’association Toutes à l’école après un voyage au Cambodge. Vingt ans plus tard, le campus Happy Chandara, situé en périphérie de Phnom Penh, scolarise 1 300 élèves et affiche un taux de réussite au baccalauréat de 100 % depuis 2018, alors que la moyenne nationale cambodgienne se situe autour de 67 %. Retour sur un modèle éducatif construit pour durer.

Un campus construit pour scolariser les fillettes les plus pauvres du Cambodge

Le campus Happy Chandara accueille chaque année 100 nouvelles élèves âgées de 5 à 6 ans, issues de familles dont le revenu est inférieur à 150 dollars par mois. La sélection s’appuie sur une enquête sociale menée par les travailleurs sociaux de l’association toutes à l’école, garantissant que les places bénéficient aux foyers les plus précaires.

Le cursus est dispensé en khmer, en anglais et en français, de la maternelle à la terminale. Un programme baptisé “Ouverture sur le monde”, conçu selon le cadre de l’éducation à la citoyenneté mondiale de l’Unesco, aborde les droits humains, la santé publique et le développement durable à raison de deux à trois heures par semaine. Un partenariat avec la Fondation L’Oréal-Unesco for Women in Science permet aussi aux élèves de pratiquer le codage informatique et de participer à des concours de robotique, avec l’objectif de les orienter vers des filières scientifiques après le baccalauréat.

Au-delà de l’instruction, le campus intègre un centre médico-social et dentaire, un internat pour les fillettes les plus vulnérables et une ferme agroécologique qui fournit les 2 000 repas servis chaque jour aux cantines. L’association étend également son action aux familles, à travers des distributions de paniers alimentaires, un accompagnement social et une aide à la lutte contre les violences conjugales.

Vingt ans de résultats, du baccalauréat au premier emploi

L’accompagnement des élèves ne s’arrête pas à l’obtention du diplôme. Les bachelières sont hébergées dans deux foyers post-bac à Phnom Penh, où elles bénéficient d’un logement, d’un suivi psychologique et d’un soutien administratif jusqu’à leur premier emploi. Ces foyers accueillent aujourd’hui 400 étudiantes.

En 2025, une filière professionnalisante a été développée en partenariat avec des écoles techniques et des ONG locales, pensée pour les jeunes filles qui ne poursuivent pas d’études supérieures après le lycée. Cette évolution répond à une réalité : toutes les bachelières ne se destinent pas à l’université, et l’association a choisi d’élargir ses débouchés plutôt que de concentrer son accompagnement sur une seule voie.

Le financement de ce dispositif repose largement sur le parrainage individuel, à hauteur de 39 euros par mois pour le suivi d’une élève identifiée, ou de 20 euros par mois pour un soutien mutualisé à l’ensemble du campus. L’association est contrôlée par l’organisme indépendant Don en Confiance depuis 2011, et ses comptes, audités par des commissaires aux comptes, sont publiés chaque année.

Vingt ans après l’ouverture de la première classe, Happy Chandara n’est plus une école isolée mais un écosystème complet, de la maternelle à l’insertion professionnelle. Un modèle né d’un voyage et d’une conviction personnelle, devenu un dispositif éducatif structuré, dont l’évolution récente vers la formation professionnelle dessine déjà la suite.