Bébé à la crèche : pourquoi la culpabilité de la séparation est injuste

Angoisse de la séparation, pleurs au portillon, peur d’abîmer le lien… la culpabilité de confier son enfant à la crèche est l’une des émotions maternelles les plus intenses et les moins bien accompagnées. Une psychologue spécialisée en périnatalité et développement de l’enfant démêle ce que la science sait vraiment de ce que la culpabilité collective nous fait croire.

Une psychologue répond aux 5 questions que toutes les mères se posent

“Est-ce que je vais abîmer mon bébé en le mettant à la crèche ?”

C’est la question que presque toutes les mères portent en silence, trop honteuses pour la poser à voix haute. La réponse directe est non. Et elle mérite d’être expliquée clairement, sans condescendance. La théorie de l’attachement, souvent convoquée pour culpabiliser les mères, dit exactement l’inverse de ce qu’on lui fait dire. L’attachement se construit comme un mille-feuille, grâce à plusieurs personnes autour de l’enfant. Les parents, mais aussi d’autres adultes sécurisants, contribuent au développement de la sécurité d’attachement. Ce que votre bébé a besoin de trouver, c’est une réponse cohérente et chaleureuse à ses besoins, pas forcément une présence maternelle exclusive et ininterrompue.

“Mon bébé pleure tous les matins. Est-ce que ça veut dire que la crèche lui fait du mal ?”

Les pleurs du matin sont devenus le thermomètre émotionnel avec lequel beaucoup de mères mesurent leur culpabilité. Or les pleurs à la séparation sont, neurologiquement parlant, un signe de bonne santé développementale. Le système d’attachement a pour objectif de maintenir la proximité du bébé avec sa figure d’attachement. Nos petits humains disposent dès la naissance d’un répertoire comportemental qui leur permet d’obtenir cette proximité ; pleurs, cris, bras tendus, doigts qui s’accrochent. Un bébé qui pleure quand vous partez vous dit qu’il vous est attaché, qu’il vous reconnaît comme sa base sécurisante. C’est une bonne nouvelle, même si elle fait mal.

“J’ai peur que mon bébé pense que je l’abandonne. Est-ce que c’est réel ?”

Le mot “abandon” revient souvent dans les conversations entre mères. Il est lourd, chargé, et il dit quelque chose de vrai sur l’intensité de ce que vous ressentez vous. Mais du côté de votre bébé, la réalité est différente. Avant douze à dix-huit mois environ, l’enfant n’a pas encore la permanence de l’objet pleinement consolidée  donc il ne “comprend” pas l’abandon au sens narratif du terme. Ce qu’il éprouve, c’est une activation de son système d’attachement au moment de la séparation, puis, si les adultes présents répondent à ses besoins, un apaisement progressif. Ce qui construit la confiance de votre enfant, ce n’est pas votre absence zéro. C’est votre retour invariable. Chaque soir où vous revenez, vous lui apprenez quelque chose d’essentiel : le monde est prévisible, les personnes qu’on aime reviennent.

“La crèche est-elle vraiment bonne pour le développement de mon enfant, ou est-ce qu’on se raconte des histoires ?”

On peut s’appuyer sur des données solides. La cohorte ELFE, première étude longitudinale française consacrée au suivi de 18 000 enfants de la naissance à l’âge adulte, montre que la fréquentation de la crèche a un effet positif sur le développement du langage d’autant plus marqué pour les enfants issus de milieux moins favorisés. La crèche offre un cadre où les enfants développent leur sens de l’empathie et de la collaboration, améliorent leurs capacités de communication avec leurs pairs et les adultes, et acquièrent des compétences en résolution de conflits. Ces bénéfices ne sont pas négligeables et ils ne peuvent pas être reproduits à l’identique dans un cadre uniquement familial, aussi riche et aimant soit-il.

“Comment je fais pour me déculpabiliser pour de vrai et pas juste en surface ?”

C’est la question la plus honnête, et la plus courageuse. La société impose des injonctions paradoxales aux mères : être professionnelle mais disponible, épanouie mais entièrement dévouée. Quand on n’arrive pas à tout faire, la culpabilité prend le dessus. Ce n’est pas un défaut de votre caractère. C’est une construction culturelle qui pèse de façon disproportionnée sur les femmes. Ensuite, elle passe par une vérité simple mais transformatrice : les enfants n’ont pas besoin d’une maman irréprochable. Ils ont besoin d’une mère présente, aimante et authentique. Une mère fatiguée, qui peut se tromper et changer ses plans, apprend à son enfant que l’erreur fait partie de la vie. Un parent qui reprend le travail avec soulagement, qui retrouve son enfant le soir avec une vraie énergie, qui prend soin d’elle pour prendre soin des autres suffit. Et oui, ce parent-là est déjà profondément bon. Et c’est bien assez.

Crédit photo @Katerina Hilzlitni