Entre les bouleversements hormonaux, l’épuisement des premières nuits et les transformations corporelles, la vie intime des jeunes parents est souvent mise à rude épreuve. Selon les observations cliniques, si le deuxième trimestre de grossesse apporte parfois un sursaut d’énergie, le post-partum redistribue profondément les cartes au sein du couple comme en solo. Pour démêler le vrai du faux et aborder cette transition avec sérénité, la se*ologue clinicienne Camille Bataillon, autrice de l’ouvrage “Réinventer sa vie intime après bébé”, a répondu à nos questions.
Le désir pendant la grossesse : entre mythes et réalités
Le désir au cours de la grossesse est-il un mythe ou une réalité, et de quoi dépend-il réellement ?
Camille Bataillon : En réalité, en consultation, on ne peut pas faire de généralités car tout dépend d’une situation ou d’une grossesse à l’autre. Ce qu’on observe de manière générale, c’est qu’il peut y avoir parfois un regain d’enthousiasme et d’énergie au cours du deuxième trimestre. Mais évidemment, cela dépend de plein de facteurs : comment je me sens dans mon corps, dans ma tête, dans ma relation, et comment était mon intimité avant tout ça. S’il y avait déjà beaucoup de freins et de blocages, la grossesse ne va pas miraculeusement tout résoudre.
Post-partum et vie de couple : comprendre le frein du désir
Qu’est-ce qui explique concrètement la baisse de désir après l’arrivée d’un enfant ?
Camille Bataillon : Le désir après l’arrivée d’un bébé dépend de nombreux facteurs. D’abord, la fatigue et les nuits hachées : la priorité absolue devient le repos, bien avant la vie de couple. S’y ajoutent le manque de temps pour soi, la nouvelle charge mentale liée aux soins du bébé, et parfois la reprise du travail. Sans oublier le corps : entre d’éventuelles douleurs ou inconforts physiques et la difficulté à se sentir désirable dans ce nouveau corps, il devient très difficile de se laisser désirer, de se connecter à sa sensualité et d’accéder à l’intimité.
De plus, l’état de la relation et la répartition des charges jouent un rôle majeur. Garder des rancœurs ou des non-dits crée inévitablement de la distance. Si s’ajoute à cela de la pression, de la culpabilité ou du jugement de la part de son ou sa partenaire, le désir se verrouille et la relation peut se figer. Enfin, rappelons qu’un accouchement traumatique, des difficultés ou des fragilités relationnelles préexistantes seront presque toujours amplifiés par la période du post-partum.
Quels sont vos conseils pour raviver la flamme au sein du duo ?
Camille Bataillon : Établir une répartition juste des tâches est essentiel : elle influe directement sur la satisfaction conjugale, et donc sur la connexion et l’intimité du couple. Ensuite, il est crucial de pouvoir communiquer sur sa vie intime et ses besoins. On ne peut pas réinventer ce qui se joue à deux lorsqu’il n’y a aucun dialogue possible. Et si cette démarche est trop difficile, il ne faut pas hésiter à consulter. Même si un cheminement individuel est souvent utile, je constate au quotidien que c’est avant tout un travail d’équipe. C’est ensemble que l’on parvient à réinstaurer une proximité qui convienne aux deux partenaires, en prenant du temps qualitatif de couple et en mettant en place des rituels qui sortent de l’ordinaire.
Mamans solos et épanouissement personnel : trouver son propre rythme
Qu’en est-il pour les mamans solos ?
Camille Bataillon : Beaucoup de mamans solos continuent d’explorer leur épanouissement, de s’accorder des moments pour elles et de nourrir leur désir. D’autres choisissent d’être entièrement focalisées sur leur rôle de mère. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire : c’est à chacune de sentir ce qui est le plus juste pour elle. Pour celles qui le souhaitent, l’enjeu est de s’autoriser à réinvestir leur vie de femme, à leur rythme :
- Déculpabiliser le temps sans l’enfant : se rappeler qu’être une femme épanouie et désirante ne fait pas d’elle une « moins bonne mère ».
- Repenser la logistique sans tabou : s’appuyer sur du relais (baby-sitter, proches, amies) sans attendre d’être au bord de l’épuisement, ou envisager les premières rencontres en journée (pendant la crèche ou l’école).
- Réapprivoiser son propre désir solo : l’intimité commence aussi par le plaisir pour soi, un imaginaire érotique développé ou des temps de reconnexion corporelle chez soi, au calme, une fois l’enfant couché.
Camille Bataillon est se*ologue clinicienne spécialisée en bien-être intime, slow s=x et périnatalité. Elle a à cœur d’accompagner les personnes vers un épanouissement personnel avec des outils innovants et un suivi bienveillant. Son compte Instagram Camille Parle Sexe et son podcast du même nom offrent des informations éducatives de qualité. Elle est également l’autrice du livre “Réinventer sa vie intime après bébé”.
