Soyons honnêtes deux secondes. On vous a vendu la parentalité avec des images de câlins sur le canapé, de confidences au bord du lit, de regards complices partagés au dîner. Ce que personne n’a mis dans la brochure, c’est l’enfant qui vous répond “mouais” depuis trois semaines, qui ne vous demande plus rien, qui semble vivre dans votre maison comme dans un Airbnb dont il n’a pas choisi l’hôte. C’est une douleur étrange, celle-là. Qui va comprendre que votre enfant de 2 ans vous brise le cœur simplement en ne vous regardant pas ? Beaucoup de monde, en réalité.
Elles ont cru avoir tout raté et ce qu’elles ont découvert ensuite va vous surprendre
Caroline, 41 ans, deux garçons, a vécu son moment de bascule un soir de semaine ordinaire. Elle avait préparé le plat préféré de son aîné, des pâtes à la carbonara, maison ,-détail important- pas le truc en sachet. Elle avait même mis une jolie table et bonne ambiance au diner de famille, version effort visible.
“Je lui pose une question sur sa journée. Il lève les yeux de son jouet exactement zéro seconde, me répond “hm”. J’ai regardé mes belles carbonara. Et j’ai eu un moment de deuil très sincère.”
Caroline rit en le racontant. D’un rire qui contient encore un peu de fatigue dedans.
Nathalie, 47 ans, thérapeute familiale ( ce qui ne l’a absolument pas protégée) a vécu 3 mois de quasi-silence avec sa fille de 5 ans. Elle qui passe ses journées à aider des familles à communiquer rentrait chez elle et ne savait plus quoi dire à la sienne.
“Le comble absolu, c’est que je diagnostiquais parfaitement ce qui se passait. Je savais que c’était développemental, normal, sain même. Et ça ne m’empêchait pas de m’endormir en me demandant si j’avais merdé quelque chose de fondamental six ans plus tôt.”
Un enfant ignorant VS un parent dévasté
Voilà ce que la psychologie de l’enfant dit, et ce que les pédiatres, thérapeutes et chercheurs s’accordent à reconnaître : un enfant qui prend ses distances est souvent un enfant qui fait exactement ce que vous lui avez appris à faire. Il veut devenir autonome et exister par lui-même sans avoir besoin de vous pour tout.
C’est le piège cruelissime de la parentalité réussie, vous avez si bien fait votre travail qu’il n’a momentanément plus besoin de vous le faire savoir. Il vous ignore parce qu’il vous a intégré. Parce que vous êtes son socle et plus son horizon. Et que pour explorer l’horizon, il faut d’abord tourner le dos au socle.
Injuste ? Oui. Temporaire ? Presque toujours.
Ce qui aggrave la blessure, c’est qu’on ne sait pas quoi faire de cette douleur-là. On ne va pas poster “mon fils de 4 ans m’a dit ‘mouéééé’ ce matin et j’ai failli pleurer” sur les réseaux sociaux.
Ce qui fonctionne, en revanche et Nathalie le confirme avec ses patients autant qu’avec sa propre expérience, c’est de lâcher la pression du dialogue forcé. Ne pas exiger le face à face ou la confrontation mais profiter pour parler en voiture plutôt que face à face, partager une activité sans en faire un événement et toujours laisser la porte ouverte sans se tenir derrière à attendre.
@Marcus Neto

