Parler à son bébé : comment et pourquoi communiquer avec lui ?

Parler à son bébé ? Mais à quoi ça sert, il ne peut pas comprendre, entend-on souvent. Et pourtant parler à son bébé, même avant qu’il naisse, est une nécessité. Alors, pourquoi est-ce si important de verbaliser ? À partir de quel âge peut-on parler à son enfant ? Comment lui parler, et de quoi ? Comment communiquer autrement qu’avec le langage ? Stéphanie de Boüard, puéricultrice, nous livre quelques clefs pour apprendre à communiquer avec son bébé.

Pourquoi est-ce si important de verbaliser ?

Certains parents me regardent parler à leurs bébés avec étonnement. Et pourtant quand on en fait l’expérience, on s’aperçoit rapidement des effets merveilleux du langage sur nos tout-petits… On me dit souvent : « mais Stéphanie, il ne comprend pas ! ». Certes ! J’aime alors raconter que si quelqu’un nous parle dans une langue inconnue, on perçoit les intentions de notre interlocuteur : une voix douce et un regard chaleureux vont nous réconforter ; à l’inverse, un ton désagréable et un visage fermé peuvent nous inquiéter. Il en est de même pour les enfants : ils perçoivent et ressentent nos émotions, nos intentions, à travers nos mots, nos gestes, nos expressions du visage. Parler et communiquer avec son bébé c’est lui permettre d’entendre ses émotions (« je vois que tu es triste ») et nos émotions (« je suis très en colère aujourd’hui »). C’est aussi lui raconter le monde qui l’entoure, le rassurer, lui donner des repères, l’informer des événements qu’il vit. Communiquer c’est apprendre au bébé à créer des relations aux autres et créer un lien parents-enfant dès le ventre maternel. C’est aussi lui raconter son histoire et la vôtre. Cela contribue à son développement psycho-affectif, on s’adresse à lui en tant que personne. Enfin verbaliser c’est aussi le début de l’apprentissage du langage de votre enfant : il développera son propre langage en entendant celui des autres.

À partir de quel âge peut-on parler à son enfant ?

Dès le 5e mois de grossesse, le bébé perçoit les sons de l’extérieur. Des études ont montré que le cerveau et le corps du fœtus réagissent à la voix de sa mère. Par ailleurs, lui parler dès sa vie utérine c’est aussi lui donner une place dans le monde, dans la vie de ses parents, c’est le faire exister. Vous pouvez donc lui raconter ce qui vous tient à cœur, sans vous forcer, en restant spontané. Dès sa naissance le bébé communique : par ses gestes, ses expressions, ses pleurs, ses regards. C’est un être de langage. 

Quelles sont les étapes du langage de l’enfant ?

Vers 3 à 6 mois : il gazouille
Vers 7 à 10 mois : il babille
Vers 12 mois : il dit ses premiers mots
Vers 16 à 19 mois : il associe deux mots
Vers 24 mois : il commence à parler
À partir de 30 mois : il parle 

Comment et de quoi lui parler ?

Parler à son bébé ne veut pas dire « parler en bébé ». Le bébé est sensible au ton de voix plus aiguë, et si on articule davantage. En revanche, il n’est pas nécessaire de dire « on va faire miam-miam » : pour développer son langage, un enfant doit entendre de vraies phrases. Les phrases courtes, au présent et descriptives sont les plus appropriées : « je vois que tu te frotte les yeux. Tu dois avoir envie de dormir ? ». 

Comment trouver les mots justes ? Comment savoir si on en dit trop ou pas assez ? Il n’est pas nécessaire de rentrer dans un débat philosophique avec votre enfant, ni de décrire chaque geste que vous allez lui faire vivre. Il s’agit d’être concis. Vous pouvez lui parler de ce qu’il fait, de ce qu’il voit ou entend : « je vois que ce livre te plaît ! ». Partager vos sentiments et émotions est aussi important car il les perçoit : « tu vois maman reprend le travail demain, elle est un peu triste de te laisser. Mais nous passerons chacun une belle journée et je serai heureuse de te retrouver le soir ! ». Lorsque nous vivons des choses difficiles qui génèrent stress, tristesse, colère, il est bon de dire à son enfant qu’il n’est pas responsable de nos émotions. Les enfants pensent souvent que ce qui arrive est leur faute, il est donc utile de les rassurer. Informer son enfant des changements qu’il vit est aussi nécessaire. On remarque souvent qu’un enfant qui dort moins, mange moins, pleure davantage ou réclame plus les bras, fait suite à un événement non-dit à l’enfant. Enfin, laissez place à la spontanéité, l’essentiel est d’être dans le lien et le partage.

Communiquer autrement qu’avec des mots ?

Parler n’est pas toujours facile. Il y a des familles de bavards et des familles où les mots sont moins spontanés. Si vous n’êtes pas à l’aise avec le dialogue, il existe d’autres moyens de communiquer : le jeu, le toucher (comme l’haptonomie durant la grossesse), le massage, le portage, le regard, les chansons, les comptines, les expressions de votre visage, la lecture. Tous ces outils de communication permettent également d’échanger, de rassurer, d’établir un lien avec votre bébé. Et puis, là aussi, autorisez-vous à lui dire « tu vois ce n’est pas facile pour papa de te dire les choses, mais je suis avec toi, tu peux compter sur moi ! ». Votre bébé sentira tout votre amour pour lui, et c’est le plus important à ses yeux.

« Françoise Dolto disait qu’il est important de parler au bébé non pas parce qu’il comprend les mots, mais parce qu’il les vit », mentionne la psychologue Sophie Marinopoulos. L’essentiel n’est donc pas tant de parler que de communiquer. « Ce qui ne passe pas par les signaux de la parole peut passer par d’autres canaux », rassure quant à lui Boris Cyrulnik. Un regard ou une étreinte valent parfois bien des mots.*

La communication avec son enfant évolue également au fil du temps et du lien qui se crée avec lui, de votre confiance en vous, du développement de votre enfant. Il est bon de se rappeler que parler et communiquer doit se faire selon vos envies, vos ressentis. On se sent parfois un peu mal à l’aise de parler à son ventre ou à un nouveau-né, et il y aura souvent quelqu’un à côté de vous pour vous regarder avec des yeux ronds. Faites ce qui vous tient à cœur. Et si dialoguer est difficile, n’hésitez pas à en parler à votre sage-femme, votre nounou, votre puéricultrice, elles pourront vous aider. 

Idées de livres pour aller plus loin :

Bébé dit moi qui tu es, de Philippe Grandsenne
Le bébé est une personne, de Bernard Martino
Les compétences du nouveau-né, de Marie Thirion

* source www.psychologies.com

Retrouvez Stéphanie de Boüard sur son site www.stephanieperinatalite.fr
Crédit photo : BellyBalloonPhotography