De l’art impossible du bon timing entre le premier et le deuxième enfant…

Quand ma fille est née, je me suis immédiatement projetée dans ma prochaine grossesse, dans l’arrivée de mon deuxième enfant. Je changeais à peine mes premières couches, je préparais mes premiers biberons, je vivais mes premières nuits blanches et angoisses de jeune maman à la maternité, je sentais peser pour la première fois sur mes épaules ce poids immense de l’amour sans limites qui venait de naître, que je me projetais déjà dans la possibilité de voir cet amour doubler, voire tripler à la naissance de mes prochains enfants. Et cette perspective me berçait d’une douce euphorie. Je regardais ma fille et mon envie de retomber enceinte et de revivre ces moments incroyables me tenaillait.

Il ne faisait aucun doute pour moi que je remettrais ça très rapidement, que mes deux enfants seraient rapprochés, et que le troisième, si troisième il devait y avoir, arriverait dans la foulée… Hors de question d’attendre, je les voulais proches dans le temps, je voulais tout vivre vite, ne pas rater une seule occasion de ressentir tout ça une nouvelle fois.

Et puis les semaines sont passées, puis les mois. Les nuits blanches se sont succédées, avant les premières vraies nuits, j’ai vu ma fille grandir, la première dent pousser, les premiers petits pots, le premier mot (« Non »), les premiers pas… Et la question de l’imminence du deuxième enfant s’est peu à peu floutée, l’envie s’est peu à peu tassée. Non pas que j’aie oublié mes désirs de fratrie, mais la nécessité d’accompagner ma fille dans toutes ses premières fois qui sont devenues mes premières fois, de défricher avec elle ses découvertes, de la rencontrer avec bonheur au quotidien et de voir grandir cette petite personne, s’est imposée… Petit à petit l’évidence d’avoir besoin de temps à trois avec elle et son père s’est elle aussi imposée. La nécessité de savourer notre fragile équilibre à trois également. Et le désir de partager avec elle le plaisir d’une prochaine naissance, l’attente d’une petite soeur ou d’un petit frère s’est peu à peu dessiné.

Toutes autour de moi ont un avis bien arrêté sur la différence d’âge qu’elles souhaitent avoir entre leurs enfants : certaines calculent le moment idéal, celui où le premier rentre à l’école et où le second peut donc « prendre le relais », d’autres laissent faire la nature, d’autres encore préfèrent avoir des enfants très rapprochés, histoire de tout enchaîner « sans réfléchir ». Je pensais faire partie de cette dernière catégorie, et puis finalement de la première. Aujourd’hui, je me dis simplement que je ne peux pas me projeter dans l’arrivée du second, que j’ai envie d’en avoir un deuxième, mais pas encore assez pour me lancer. J’écoute attentivement mon corps, ce qu’il me dit, mais j’écoute également ma fille, j’observe notre relation, et j’en déduis que les choses sont bien faites, et que quand l’envie du second se fera sentir, c’est que nous serons tous les trois prêts à accueillir un nouvelle personne dans notre famille.

M. R.

Photo ©CarissaGallo / www.carissagallo.com

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