Vos confidences : l’allaitement comme je veux !

3 semaines, 3 mois ou 2 ans. Exclusif ou mixte. Jour et nuit, ou seulement le matin et le soir. Avec ou sans tire-lait…  Parce que d’une maman et d’un enfant à l’autre, on allaite comme on veut et comme on peut, et que chaque histoire d’allaitement peut en soutenir une autre, nous avons souhaité réunir ici une grande variété d’expériences d’allaitement grâce à vos témoignages. Vos choix, vos limites, vos réussites, vos galères et vos secrets pour faire face, recueillis avec la complicité de MAM, la marque qui vous accompagne pour nourrir votre bébé en toute sérénité. Merci à Sarah, Marion, Noémie et Marine pour leurs confidences.

Marine, 36 ans, maman de Marcel, 5 ans et Douglas, un an

Pourquoi souhaitais-tu allaiter ? Pour Marcel, mon premier enfant, je m’imaginais que c’était la solution la plus naturelle qui soit. Je ne savais pas si j’allais en être capable. J’ai laissé ce choix ouvert…
Pour Douglas c’était une volonté. J’avais eu une très belle expérience avec Marcel, je voulais offrir la même chose à son petit frère. Je ne me doutais pas à ce moment, que chaque histoire était différente…

Allaitement court ou long ?L’accouchement s’étant bien passé, Marcel a grimpé comme un petit animal sur mon sein. Je m’étais dit que ce serait déjà super d’allaiter un mois, cela s’est progressivement transformé en 3 puis 6 mois. C’était un tel moment de bien-être pour tous les deux. Le sevrage a été très progressif, et Marcel s’est arrêté de lui-même à 6 mois. C’est lui qui a décidé et je n’étais pas mécontente de passer à autre chose, de pouvoir me réapproprier mon corps.
Douglas a tété jusqu’à la veille de ses 10 mois… Il s’est arrêté de lui-même, aussi. Pour cet allaitement, je me sentais en pleine possession de mes moyens et aurait pu continuer encore.

En privé seulement ou partout et n’importe quand ? Avec Marcel, je n’assumais pas d’allaiter en public, je me sentais pudique. Je me contorsionnais pour caler des tétées avant de sortir, ou avant que les amis arrivent à la maison… C’était parfois une source de stress dès que j’y mêlais l’extérieur. Par ailleurs, ce fût un grand plaisir quand nous étions en famille tous les trois dans notre bulle.
Le deuxième allaitement était tellement plus détendu, j’allaitais partout, à la plage, à la terrasse d’un café toujours avec discrétion, je sentais que c’était légitime de nourrir mon enfant.

À la demande ou chronométré ? Pour mon premier, j’ai commencé par chronométrer, j’ai eu une première préparation à l’accouchement très stricte, j’ai donc fait comme on me l’avait appris, sans remettre en question. Je me suis vite rendu compte que l’allaitement n’était pas une science exacte. J’ai pris confiance en moi et en mon petit garçon et j’ai tout lâché pour faire à la demande. En 2015, on nous bourrait aussi pas mal le crâne avec les « tétées efficaces », ne pas laisser l’enfant au sein, « ne pas tétouiller » ne pas être « son esclave ».

En 2019, à la naissance de Douglas, on a commencé à me parler de « tétée de confort », que les enfants tétaient (surtout les prématurés) pour se rassurer, se détendre, que ce n’était pas toujours pour s’alimenter, mais pour construire le lien mère-enfant.

Des Petits couacs et des grosses galères ? Douglas est né à 35 semaines. Aux urgences, césarienne code rouge sous anesthésie générale, sans le papa. En salle de réveil, je ne me souvenais plus de grand-chose, je n’avais pas compris que j’avais accouché. Quelques minutes après le réveil, on m’a appris que j’étais maman, et que mon bébé était en détresse respiratoire en réanimation. J’ai rencontré ce bébé 20h après sa naissance, j’ai eu une phase de rejet. J’avais l’impression que ce n’était pas le mien. Son état était critique, il était branché de partout, sous assistance respiratoire, les élastiques lui rentraient dans les joues, il était nourri à la sonde gastrique, dans une couveuse.

On m’a très rapidement posé la question de l’allaitement… Une seule option, ce serait avec tire- lait, lui étant encore trop faible pour téter. Le tire lait représentait tout ce que je déteste.

Si j’allaitais c’est parce que c’était naturel pas avec ces « horribles » machines. Rien ne ressemblait à ce que j’avais connu, ça allait trop vite pour moi. J’avais mal à cause de la césarienne, j’étais mal dans ma tête et perdue.

Les solutions et les coups de pouce ? Malgré ma réticence, j’ai accepté d’utiliser un tire-lait. L’allaitement était le lien qui allait nous réunirJe tirais mon lait, les 2 seins, 10 minutes à chaque fois qu’on passait au bébé une dose de lait via une sonde (fil qui relie le lait à son estomac, à l’hôpital, on donne du lait maternel provenant d’un lactarium puis le lait de la mère si possible). On m’a beaucoup encouragée à faire du peau à peau pour créer le lien avec l’enfant et favoriser la lactation, un vrai challenge avec tous les fils qui lui sortaient de partout.

J’ai vite repris du poil de la bête et pris tout cela très au sérieux. Je me rendais compte que nous avions tous les deux beaucoup de ressources.

Je garde un souvenir très amusé de la première fois ou il a fallu qu’il tète. À J+5, il n’avait aucun réflexe de succion. Il n’avait jamais eu de liquide dans la bouche, et recrachait tout, vu qu’il était gavé (c’est le nom réel de la technique…), tout arrivait comme par magie dans son estomac. L’équipe était géniale et avait des techniques bien créatives pour lui apprendre ce qui était censé être un réflexe.

On a essayé avec un biberon, négatif. Une paille scotchée à mon doigt, négatif. Le sein, en toute simplicité, archi-négatif. Une paille au sein, pour qu’il ait l’odeur des hormones… Rien !

Les infirmières puéricultrice et moi-même étions déterminées et armées de patience. Toutes les 3 heures du jour ou de la nuit, on donnait tout, on y croyait. Au bout du deuxième jour d’essai, il a réussi. Il s’alimentait seul, au sein. J’étais tellement fière de lui, admirative de sa victoire. Il était toujours complété à la sonde, mais c’était parti. Ensuite tout s’est très bien passé.

La reprise du boulot ? Sevrage ou prolongations ? La reprise du boulot a été préparée à ses 4 mois, j’ai commencé à ralentir l’allaitement pour ne garder que les tétées de matin et soir. Il a fait la période d’adaptation chez l’assistante maternelle puis le COVID est arrivé, donc les prolongations se sont imposées tout naturellement !

Le truc à retenir pour bien vivre son allaitement ? Cela peut parfois être compliqué, mais il faut s’accrocher et se faire confiance. Une fois que Douglas tétais très bien, on a été longtemps suivis en hospitalisation à domicile et on a ressenti avec mon mec cette fameuse pression de l’enfant qui ne prend pas assez de poids. J’ai su dire non, et mon mec me soutenait quand on voulait m’imposer de tirer mon lait en plus de l’allaitement pour pouvoir contrôler combien il prenait. Je leur ai répondu que je sentais mon bébé en bonne forme et que je nous faisais maintenant entièrement confiance.

Noémie, 33ans, maman de 4 enfants (6 ans, 4 ans, 3 ans et 5 mois)

Pourquoi souhaitais-tu allaiter ? Une évidence. À mon sens, c’est la continuité de la grossesse. Un lien qui permet la transition entre la vie intra utérine et le monde extérieur.

Allaitement court ou long ? Court à chaque fois (2 mois au plus). Pour la quatrième, j’aurais aimé plus… Sans succès

En privé seulement ou partout et n’importe quand ? Partout, en tout discrétion. N’importe quand, non. J’aurais dû mais je l’ai compris après.

À la demande ou chronométré ? J’ai toujours chronométré et ça a contribué à l’échec de tous les allaitements. À refaire, à la demande.

La mise au sein, les premières tétées ? des débuts compliqués ou idylliques ? Idylliques. Je n’ai jamais eu de soucis. Les débuts ont toujours été instinctifs.

Des Petits couacs et des grosses galères ? Les premiers couacs ont commencé dès le moment où j’ai essayé d’instaurer un rythme à mon bébé. En espaçant les tétées… Du coup, la production de lait a chuté.

Les solutions et les coups de pouce ? Je pense qu’il faut se fier à l’instinct « animal » de son bébé et ne pas essayer de placer ses besoins dans des cases. Un bébé a un réflexe : téter. Ce qui lui permet par la même occasion de se nourrir, de se calmer, d’apaiser ses douleurs… En réfléchissant plus, on tente de lui instaurer un rythme qui n’est pas le sien. Il finira par le trouver. Je ne dis pas qu’il faut être à sa merci mais chercher une harmonie, un équilibre.

La reprise du boulot ? Sevrage ou prolongations ? J’ai toujours arrêté avant la reprise du travail

Le truc à retenir pour bien vivre son allaitement ? S’écouter soi et son bébé. Les conseils des autres ont sans doute été très utiles pour eux, mais pas toujours pour soi… Je pense que les remarques extérieures m’ont déstabilisées et je n’ai pas su me faire confiance et écouter mon bébé.

Marion, 34 ans, maman de Camille , 14 mois

Pourquoi souhaitais-tu allaiter ? Honnêtement, par curiosité, pour savoir ce que c’était, et parce que c’était un super moyen de renforcer le lien avec mon fils.Et puisj’ai vécu un accouchement pas physiologique du tout, contrairement à ce que j’aurais souhaité. Je voulais me « rattraper » en allaitant.

Allaitement court ou long ? 14 mois and still going !

En privé seulement ou partout et n’importe quand ? De plus en plus partout tout le temps.

À la demande ou chronométré ? À la demande.

La mise au sein, les premières tétées ? des débuts compliqués ou idylliques ? Des débuts très compliqués. Mon fils a été plusieurs jours en service de néonatologie après une césarienne d’urgence sous anesthésie générale, donc pas de première tétée tout de suite après la naissance pour mettre en route la lactation. Après quelques essais de mise au sein, le personnel médical m’a indiqué que j’avais les tétons « ombiliqués » (c’est-à-dire un peu rentrés, pas proéminents) ce qui allait rendre difficile l’allaitement. On m’a tout de suite orientée vers les bouts de sein. Je me souvenais vaguement avoir lu quelque chose qui déconseillait leur utilisation sur le site de la Leche League, mais bon, sur le coup, j’ai juste fait ce qu’on me disait en espérant très fort que ça allait marcher.

Ça a bien permis de mettre en route la lactation, mais de manière insuffisante (pas assez de sollicitation du mamelon et donc pas assez de lait), du coup il a fallu donner à mon fils des compléments de préparation infantile, alors que j’aurais voulu être en allaitement exclusif. Après plusieurs mois de galère (et l’utilisation d’une « niplette » pour essayer de faire ressortir mes tétons !), d’angoisse au moment de la pesée, d’usage intensif du tire-lait pour essayer de stimuler la lactation et de tentatives d’arrêt des bouts de sein, mon fils a enfin tété sans autour de trois mois (victoire !).

Depuis on est toujours en allaitement mixte.

Ce que je trouve ahurissant dans cette histoire, c’est :

  1.  Que je ne m’étais jamais rendu compte que j’avais les tétons ombiliqués (on connaît si mal nos seins que ça ? À quand un programme de SVT sur le fonctionnement des glandes mammaires et de l’allaitement, de la même manière que les livres scolaires commencent à peine à découvrir le clitoris ?
  2. Que même pendant ma grossesse personne n’ait pensé à me dire que ça pouvait rendre la mise en route de l’allaitement compliquée, mais que pour autant c’est tout à fait faisable si on a les bonnes informations !

Les solutions et les coups de pouce ? Pour moi, ça a été de pouvoir voir des copines qui allaitaient ou qui avaient allaité et de discuter avec ma mère et mes tantes. Ce sont elles qui m’ont fait relativiser en me racontant leurs difficultés, qui m’ont dit que ça allait bien se passer quand ce n’était vraiment pas évident, qui m’ont montré comment me positionner, etc.

La reprise du boulot ? Sevrage ou prolongations ? L’allaitement devenait facile juste au moment où j’ai repris le boulot, au bout de trois mois, donc pas question pour moi d’arrêter à ce moment-là ! D’autant que les fêtes de fin d’année n’étaient pas très loin et que je savais que je pourrais à nouveau allaiter à la demande pendant mes vacances.

Les premiers mois je suis allée tous les midis chez la nounou pour allaiter, parce qu’elle habite près de mon travail. Mais en fait cela s’est vite avéré compliqué : j’étais toujours en train de communiquer avec elle pour savoir s’il était réveillé, ses heures de repas tombaient parfois pendant des réunions, etc.

Après deux ou trois mois je suis finalement passée au tire-lait. On est repassés en allaitement à la demande pendant le confinement et depuis la reprise, j’ai arrêté. C’est maintenant une tétée le matin, une en fin de journée quand on se retrouve et à la demande pendant le week-end.

Le truc à retenir pour bien vivre son allaitement ? Personnellement, je ne pouvais pas avoir accès à une conseillère en lactation, il n’y en a pas dans mon département. Dans ce cas, si on tient à allaiter, il faut absolument se renseigner avant l’accouchement ! Ce n’est pas quand on est en galère avec son bébé et qu’il pleure parce qu’il a faim qu’on est le plus à même de se renseigner et de prendre les bonnes décisions.

Sarah, 32 ans, maman de 2 filles (3 ans et 2 mois)

Pourquoi souhaitais-tu allaiter ? J’ai souhaité allaiter pour que mes enfants profitent des bienfaits du lait maternel (anticorps notamment), cela me « rassurait » pour sortir, prendre le train avec un nouveau-né ou même le métro, je me disais qu’elle était « protégée ». Après une première expérience un peu catastrophique je ne pensais pas allaiter de nouveau (j’ai encore des douleurs liées à mon premier allaitement 3 ans plus tard). Et puis finalement, peut être que la crise sanitaire a aidé, j’ai réitéré, et tant mieux car aujourd’hui j’ai 2 mois d’allaitement exclusif avec ma deuxième et je n’ai pas du tout envie d’arrêter !

Allaitement court ou long ? Court selon l’OMS car je n’ai allaité même pas 2 mois exclusivement mon aînée, et pour la deuxième je suis toujours en allaitement exclusif mais je vais commencer le sevrage dans quelques jours pour la reprise du travail.

En privé seulement ou partout et n’importe quand ? Je préfère en privé, je me sens plus à l’aise. J’aime vraiment les tétées juste avant le coucher ou tôt le matin au réveil quand on n’est que toutes les deux, sans un bruit, avec une lumière douce. Cela ne m’empêche pas de sortir et d’allaiter dehors ou à un dîner, même si je chercherai toujours un petit coin un peu à l’écart.

À la demande ou chronométré ? Complètement à la demande ! J’ai eu deux bébés assez gourmands mais buvant vite donc je n’ai pas expérimenté les tétées de 45 min, et surtout deux dormeuses qui font des nuits complètes à 2 mois.

La mise au sein, les premières tétées ? des débuts compliqués ou idylliques ? Débuts compliqués pour ma première, mise au sein qui se terminait dans les pleurs et ce dès la tétée d’accueil. Et puis les crevasses, les saignements, la montée de lait très douloureuse, les engorgements et les mastites… Pour la deuxième, tétée d’accueil idyllique, je pensais que tout était joué, que je n’aurai pas les mêmes complications… Mais j’ai connu de nouveau les mastites, l’engorgement, la fièvre à 40 et les antibiotiques.

Des Petits couacs et des grosses galères ? Ce que j’ai surtout découvert après mon premier allaitement ce sont les freins. Freins de langue, de lèvre, freins à l’allaitement. Ce qui était du domaine du mignon pour mon premier bébé, la voir suçoter sa lèvre du bas et avoir les dents du bonheur étaient en fait des signes probants de freins qui l’empêchaient d’avoir une succion efficace. Alors certes, elle a pris du poids, grandi à une vitesse folle, etc. mais de mon côté c’était douloureux, très douloureux avec des engorgements à répétition et des mastites. Je me suis sentie nulle, de ne pas y arriver, et je me suis oubliée. Je suis passée en mode « projet », il fallait que ça se passe bien, et je suis devenue une automate en serrant les dents sans rien dire à personne de peur finalement d’avouer mon échec d’un allaitement simple, facile, et naturel.

Les solutions ? Pour ma deuxième, direction l’ORL de ville (car le pédiatre de la maternité m’a soutenu que son frein de langue allait « disparaître »), et ce dès la première mastite. La freinectomie (se pratiquant au cabinet médical et durant 3 secondes) a solutionné sa position au sein. Sauf que cette fois entre un REF (réflexe d’éjection fort) et une laryngomalacie légère (immaturité du larynx), la coordination entre la respiration et la déglutition était plus que difficile donc pleurs, étouffement et toute la frustration qui va avec (sans parler des reflux gastro-oesophagiens)… Et cette fois j’ai eu de l’aide pour que ça se passe bien !

… Et les coups de pouce ?Je conseillerais de choisir un tire-lait électrique, plus efficace et moins fatigant qu’un tire-lait manuel (penser à demander une ordonnance à la maternité pour la location), de la pommade « Castor Equi » contre les crevasses, des soutien-gorge de qualité, des feuilles de choux.

La reprise du boulot ? Sevrage ou prolongations ? J’avoue que je n’arrive pas à tirer mon lait en vue de le conserver, je trouve ça compliqué… Je me suis servi d’un tire-lait pour éviter les engorgements lorsqu’elles ont subitement fait des nuits de plus de dix heures, sans laisser le temps à la lactation de se réguler. Donc pour la reprise du travail ce sera sevrage, assez lent, en remplaçant tous les 4 jours une tétée par un biberon.

Le truc à retenir pour bien vivre son allaitement ? Une des solutions pour qu’un allaitement se passe au mieux est de se faire accompagner. Ou au moins de pouvoir échanger. Parce que oui c’est naturel mais il faut s’y préparer car beaucoup de choses peuvent donner envie d’abandonner, alors que souvent des solutions existent (je pense aux feuilles de choux, aux coquillages, aux massages sous la douche chaude, aux anti-inflammatoires, aux freinectomies, au D.A.L – dispositif d’aide à l’allaitement ). J’ai eu la chance de rencontrer une sage-femme passionnée par l’allaitement qui m’a guidée, aidée et rassurée et c’est grâce à elle que mon deuxième allaitement se passe au mieux.

Réalisation : MAM X Les Louves
Crédit photo : Belly Balloon Photography/ MAM – Les Louves