En France, les grossesses gémellaires représentent à peine 1,5 % des naissances, transformant en un instant le destin des futurs parents. Découvrir que l’on attend deux bébés d’un coup relève d’un tsunami émotionnel où la joie absolue se mêle à un vertige logistique. Entre l’annonce choc à l’échographie, un alitement précoce et le rythme effréné des biberons toutes les deux heures, cette maman se livre sans langue de bois. Un récit intimiste*, drôle et profondément humain sur la vraie vie avec des jumeaux.
« Le choc de l’échographie : “Je préférais une grossesse gémellaire que pas de grossesse du tout” »
Comment as-tu appris que tu attendais des jumelles ? Quel a été ton premier réflexe, ta première émotion ?
Lors de la première échographie ! Ma gynécologue me dit très (voire trop) spontanément : « Ah mais il y a du monde là-dedans ! ». Au début, je ne comprends pas du tout. Puis elle me montre à l’écran deux petits points qui clignotent : c’étaient leurs cœurs qu’on voyait déjà. C’était ma première grossesse, donc je découvrais tout d’un coup. Sur le moment, j’ai été sous le choc de la nouvelle, mais j’étais tellement heureuse d’être enceinte, car ça n’a pas été immédiat. Ma maman a une sœur jumelle, alors je me disais souvent que comme ça sautait une génération, ça me tomberait dessus ! Mais surtout, je me disais qu’il valait mieux une grossesse gémellaire que pas de grossesse du tout. J’ai appelé mon mari en sortant : il était ravi.
Est-ce que tu t’es sentie suffisamment accompagnée et informée sur ce qui t’attendait ?
Ah non, pas du tout ! Après l’annonce, ma gynécologue ne m’a pas du tout suivie sur cet aspect, on est un peu lâchés dans la nature. Heureusement, on m’a parlé de l’association Jumeaux et Plus. Au début j’étais réticente, mais ça a été d’une valeur inestimable avant, pendant et après. Surtout, je ne m’attendais pas à ce que ce soit si médicalisé et risqué. C’est ce qui m’a permis de tenir pendant cette grossesse compliquée où j’ai dû être alitée très tôt.
« Le tourbillon des débuts : “Être perfectionniste m’aurait rendue folle” »
Comment as-tu préparé leur arrivée, et as-tu ressenti un décalage entre la joie de la naissance et la réalité ?
C’est vraiment la communauté qui m’a aidée, en me vendant ou prêtant du matériel. Leur conseil numéro un : demander en cadeau de naissance une aide de nuit pour la première semaine ! Quant à la réalité, honnêtement, je n’ai pas eu de choc négatif. La grossesse avait été si risquée que d’avoir deux bébés en bonne santé me rendait la plus heureuse du monde. Le côté cocon et câlins passe un peu au second plan, mais pour l’équilibre du couple, c’est génial : on avait un bébé chacun avec mon mari.
À quoi ressemblait une journée type au tout début, et qu’est-ce qui a été le plus difficile ?
Comme elles étaient prématurées, c’était biberon toutes les deux heures, jour et nuit, pendant deux mois. Mon mari avait pris trois mois off, donc on faisait tout à deux. C’était intense, mais on sortait, on les baladait en poussette double, c’était très doux. Le plus dur, c’est qu’on n’a pas le temps de profiter de chacune individuellement, on est toujours entre deux et la culpabilité pointe vite son nez. Mais d’un autre côté, moi qui suis très perfectionniste, ça m’a sauvée ! On apprend à lâcher prise : c’est OK de donner le lait à température ambiante et de ne pas tout faire parfaitement.
« L’entraide et la magie d’un lien unique : “Ne pas attendre d’être exténuée” »
Quelle aide as-tu reçue dans les premières semaines et quel conseil donnerais-tu aux futurs parents ?
On a eu la chance d’avoir la famille présente et mon mari à 100 % au début. J’ai osé demander des choses très concrètes : faire une course, une machine ou garder les bébés une heure pour que je dorme. La clé absolue, c’est de ne pas attendre d’être exténuée pour appeler au secours, et de laisser le ménage de côté. La priorité, c’est le repos.
Que retiens-tu aujourd’hui de cette expérience gémellaire ?
Voir leur lien évoluer, c’est quelque chose d’inexplicable et de magique. Constater leurs différences et leur complicité au quotidien efface toute la fatigue. Avoir deux enfants en même temps, c’est une aventure extraordinaire.
Merci à Astrid, pour sa confiance et son récit.*
Crédit photo : Astrid@
