Maternité : les pensées interdites qu’on a toutes eues

Il y a ce que nos copines mamans postent sur Instagram ; le bébé propre, la lumière naturelle, le caption “mon cœur” et il y a ce qui se passe dans leur tête à 3h47 du matin, les yeux ouverts dans le noir, le nourrisson au sein pour la sixième fois depuis 18h. On ne parle de la seconde qu’en chuchotant, entre intimes, après un verre de vin, avec la précaution de quelqu’un qui s’apprête à avouer un crime. Alors voilà, on va en parler fort !

Et si on arrêtait de faire semblant ?

Devenir mère, c’est entrer dans le seul club au monde où tout le monde a un avis sur tout et où personne ne vous a demandé le vôtre. La dame dans la file du supermarché, votre belle-mère, la collègue qui n’a pas d’enfant mais qui “a beaucoup lu sur le sujet”, le pédiatre un peu trop enthousiaste, et même l’inconnu dans le bus qui trouve que votre bébé “a froid”.

C’est fascinant, si on y réfléchit. On ne dit pas à quelqu’un comment conduire sa voiture, on ne commente pas la façon dont votre voisin range ses placards, on ne donne pas son opinion sur la comptabilité de l’entreprise d’un ami. Mais un ventre rond, une poussette, un nourrisson dans les bras et soudain les inhibitions sociales s’évaporent. Le monde entier devient expert pour vous avec cette bienveillance risible.

 “Je te dis ça pour toi.” “De mon temps ça marchait très bien.” “Tu verras quand tu auras plus d’expérience.” L’intention est rarement mauvaise. Le résultat, lui, est toujours le même : vous souriez, vous hochez la tête, et quelque chose en vous meurt un tout petit peu.

Penser ces choses, les penser fort et  (trop) souvent ne fait pas de vous une mauvaise mère. Ça fait de vous une mère normale, épuisée, qui traverse quelque chose d’immense sans mode d’emploi et qui continue quand même. La culpabilité que vous ressentez ? C’est exactement la preuve que vous faites de votre mieux. Une mère qui s’en fiche ne se pose pas ces questions à 3h du matin.

 

  • “Profite, ça passe vite.”  – Disparais. (Dit avec le sourire.)
  • “Tu as de la chance, il est tellement sage.” –  Il a hurlé de 22h à 4h du matin. Mais oui, de la chance.
  • “Moi j’ai fait sans poussette et ça allait très bien.” – Félicitations, vraiment. Médaille en chemin.
  • “Le sein c’est tellement mieux pour lui.” – Et pour moi c’est tellement douloureux. Merci pour l’info.
  • “Tu devrais dormir quand il dort.” – Ah oui, et la lessive elle se fait toute seule ?
  • “C’est normal d’être fatiguée, c’est la vie de maman.” – C’est ça, merci. Très utile comme information.
  • “Tu vas voir, le deuxième c’est beaucoup plus facile.” –  On n’en est vraiment, vraiment pas là.
  • “Avant on ne se posait pas autant de questions.” – Avant on ne savait pas non plus ce qu’on faisait. Nuance.
  • “Il pleure ? C’est peut-être la faim.” – Incroyable. J’aurais pas pensé. Merci docteur.
  • “Profite, ça passe tellement vite.” (bis) — Oui. Tu l’as déjà dit deux fois ce matin.
  • “Moi j’ai allaité deux ans.” – Superbe. La médaille est toujours en chemin.
  • “Tu as l’air fatiguée.” – Non. Vraiment ? Je dormais si bien pourtant.
  • “Tu l’as voulu, tu l’as eu.” – Pas de réplique. Parce que celle-là, on la ravale jusqu’aux genoux.

 

Crédit photo : @Lucas Favre