Devenir mère bouleverse bien plus que l’organisation du quotidien : le corps, les émotions, le rapport au travail et à l’ambition se transforment en profondeur. Avec Parent’Up, Estelle Ducommun et Lucille Wattraint ouvrent un espace pour penser autrement cette période charnière, sans injonction ni renoncement.
Le 24 mars à Paris, une journée de tables rondes et d’ateliers invite parents, managers, RH et entrepreneurs à comprendre, échanger et repartir avec des clés concrètes. La billetterie est ouverte, avec un tarif privilégié pour les lectrices des Louves. Échange avec Lucille Wattraint, experte parentalité et égalité femmes-hommes, fondatrice de Juners.
Devenir mère, c’est souvent voir son rapport au travail se transformer. Pourquoi cette période reste-t-elle encore si fragile pour les femmes actives ?
C’est un moment de grande vulnérabilité pour les femmes pour de multiples raisons. La fatigue, qui commence dès le début de la grossesse – il faut quand même rappeler que notre corps (si magique) créé de toutes pièces un être humain – les pathologies parfois, des kilos à porter et des maux de dos et d’articulation que l’on ne peut pas négliger. Ensuite vient l’accouchement, plus intense qu’un marathon, c’est une sacrée épreuve qui peut là aussi plus ou moins bien se passer. Et je ne parle même pas des césariennes qui touchent quand même 1/5 des accouchements !
Ce que l’on connaît moins et que je trouve important de rappeler, ce sont les impacts importants sur le cerveau des mères, il change, il se module il évolue pour justement répondre aux besoins des enfants.
Dans le travail, l’expérience de la maternité peut mener vers une quête de sens, pour des femmes qui ne conçoivent pas de « laisser » leur bébé, le confier à une crèche ou un.e assistante maternelle, toute la journée pour exercer un métier qui fait beaucoup moins sens pour elles. C’est pour cela que nombreuses sont celles qui quittent leur job pour aller voir ailleurs ou se mettent à leur compte.
On parle beaucoup de charge mentale, de culpabilité, de plafond de verre… Quel regard portes-tu sur les inégalités qui perdurent dans le monde du travail ?
Que l’on soit un homme ou une femme, les inégalités au sens large ont des conséquences importantes.
Pour les hommes :
- Ne pas pouvoir assumer et exprimer ses émotions,
- Ne pas pouvoir endosser son rôle de père et les responsabilités associés.
Je rappelle la phrase de Julia Kerninon à l’Assemblée nationale : « c’est un vol pour les pères de leur faire croire que ce n’est pas leur place. »
Pour les femmes :
- Être moins payées,
- Avoir une retraite inférieure et beaucoup plus de recours au temps partiel,
- Être beaucoup plus victimes de violences,
- Subir plus de charge mentale dans les couples hétéronormés.
La liste est longue et elle touche tous les pans de notre vie et de notre société.
Quelles sont les pistes d’action à prioriser selon toi ?
Je pense que nous avons tous et toutes intérêt à comprendre ce que ces inégalités cachent, et leurs conséquences, et à AGIR, chacun à notre niveau pour faire bouger les lignes. C’est l’objectif de la fresque de l’équité, que j‘anime au sein des organisations. En ayant conscience de ces sujets et des implications dans mon job, dans mon quotidien, dans ma vie de famille, dans mon couple, je peux plus facilement redresser la barre et donc gagner du pouvoir. Si je ne sais pas, si je ferme les yeux, je ne peux pas agir.
Peut-on vraiment rester ambitieuse quand on devient mère, sans s’épuiser ni s’excuser ?
Je pense que l’ambition revêt milles et une robe, c’est une notion très subjective. J’ai personnellement l’ambition de récupérer mes enfants deux fois par semaine à 16h30. Est-ce que cela fait de moi une mauvaise professionnelle ? Sûrement pas. J’ai aussi l’ambition de doubler mon chiffre d’affaires en 2026… Est-ce que cela fait de moi une mauvaise mère ? Sûrement pas non plus.
L’essentiel selon moi est d’être ancrée et alignée avec sa vision de l’ambition et d’avancer, de s’entourer de personnes qui nous tirent vers le haut, nous inspirent, nous font vibrer. L’ambition requiert aussi de poser un cadre pour protéger sa santé, sa famille, son intégrité. Personne ne peut le faire à notre place. Le début d’année est un bon moment pour justement poser concrètement noir sur blanc, vos enjeux et votre ambition.
Tu accompagnes des parents et des entreprises au quotidien. Quelles clés aimerais-tu transmettre aux femmes qui veulent avancer sans s’oublier ?
Je pense qu’elles doivent d’abord croire en elles. Idéalement, avant de tomber de fatigue, on prend soin de soi, on s’écoute, on fait au mieux pour ne pas passer après tout le reste. Car si vous tombez, il est fort probable que l’impact sur la famille soit (très) important. Mais nous ne sommes pas invincibles, parfois il nous arrive de tomber. Et c’est OK. Parfois il faut aussi ça pour se relever et prendre conscience de ce qui dysfonctionne.
Il faudrait donc :
– Prendre soin de vous (et cela ne veut pas forcement dire aller au Spa toutes les semaines, parfois des choses très simples apportent beaucoup).
– Comprendre vos besoins et les partager avec les gens de votre famille : votre + 1, vos enfants et peut-être dans un monde idéal votre manager.
– Être alignée avec vos choix et votre ambition.
Le projet Parent’Up est née d’une envie commune avec Estelle Ducommun. Qu’est-ce que vous aviez envie de créer pour les parents avec cette journée du 24 mars ?
L’idée avec Parent’UP c’est d’éclairer les différents chemins, et je pense qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises routes. Certaines vont s’arrêter trois ans en congé parental pour s’occuper de leurs enfants, certaines vont faire ça en solo, certaines vont reprendre aux trois mois de l’enfant… Mais quelle que soit la voie choisie, il y a des choses que l’on doit savoir pour agir dans son quotidien et c’est ça que veut apporter notre journée du 24 mars.
Nous avons envie que les parents trouvent leur place et surtout que l’entreprise leur fasse cette place qu’ils méritent. On ne peut pas faire sans les parents.
L’objectif de cette journée pour les managers et les responsables RH ou RSE, et même les CSE : repartir avec des solutions, des clés de compréhension et des choses à mettre en place au sein de son organisation.
Nous avons préparé avec Estelle Ducommun (fondatrice du podcast Biz and Bibs, ndlr) de belles surprises pour changer le cadre, comprendre les enjeux, se mettre en action et se rendre compte que beaucoup de choses sont possibles, que chaque petit pas compte (cf. la théorie du colibri, qui est tatoué sur mon bras, et ce n’est pas par hasard) et que parfois avec des budgets serrés on peut réussir à avoir un max d’impact ! Et c’est bien ça l’objectif.
TPE, ETI, PME, et grands groupes, ces sujets sont l’affaire de toutes et tous.

Si tu devais donner une seule bonne raison de venir à Parent’Up, ce serait laquelle ?
C’est une journée qui va casser les codes : en plus d’être hyper inspirante, les parents repartiront avec du concret qu’ils soient salariés, managers, RH, dirigeants ou indépendants.
Pour découvrir le programme de la journée et prendre vos billets, c’est ici.

Les Louves participent à la journée Parent’up
Venez nous rencontrer et assister à un atelier sur le Reonboarding après le congé maternité, rdv à 10h45 le 24 mars.
Où ?
Dans les locaux de Mustela, laboratoire Expanscience
TOUR FIRST, place des saisons à La Défense (Courbevoie)
Simple d’accès avec la ligne A, sortie La Défense ou ligne 1 en métro.
Inscription obligatoire
Offre privilège pour nos lectrices : Avec le code LESLOUVES le tarif passe de 64 à 49€ (déjeuner et pause gourmande incluse).

