Ancienne danseuse pendant quinze ans devenue professeure de Pilates, Violette accompagne aussi bien les sportives de haut niveau que les femmes qui n’ont jamais pratiqué. Enceinte de son deuxième enfant, elle parle du corps qui change, du périnée que l’on comprend mal, et de cette idée tenace selon laquelle il faudrait redevenir « comme avant ».
Grossesse, périnée, postpartum : la pratique du Pilates
Alice Masson : le Pilates pendant la grossesse, pour qui et pourquoi ?
Violette Meens : pour toutes les femmes, sans exception. Aussi bien celles qui n’ont jamais fait de sport de leur vie que des danseuses pro que j’accompagne beaucoup, puisque j’ai été danseuse pendant quinze ans.
Le Pilates prénatal, c’est d’abord rester en forme et tonique, faire de la place à bébé, soulager les maux de la grossesse. La respiration stimule la circulation et le système digestif grâce au massage des organes, ça lutte contre la constipation, ça soulage le dos. Ça conserve un périnée tonique mais aussi souple, donc moins de fuites et de lourdeur pelvienne. Et la respiration régule le système nerveux, ce qui aide énormément à diminuer le stress.
C’est aussi une préparation au jour J. L’accouchement peut être une vraie épreuve sportive, un marathon pour pas mal de mamans. Sans pression, un corps fort aura plus de ressources. Moi par exemple, j’ai accouché en accroupi suspendu, j’étais bien contente d’avoir des cuisses bien fortes à ce moment-là. Le Pilates prénatal, c’est vraiment indiqué parce qu’il y a un équilibre entre mobilité et renforcement.
Il y a la santé mentale aussi. C’est une période de bouleversement physique, psychique et hormonal. La pratique devient un moment ressource, de reconnexion à soi et à son bébé. Ça amène de la douceur dans le rapport au corps, parce que tout le monde ne vit pas de la même manière la prise de poids et les changements.
« Une femme devenue mère ne redevient pas tout à fait celle d’avant »
Et puis ça prépare le postpartum, qui se prépare physiquement pendant la grossesse. La reconnexion au centre, au périnée, au transverse abdominal sera plus rapide. Des bras et un dos toniques pour porter bébé toute la journée, des cuisses et des fesses fortes pour passer du tapis au debout avec bébé dans les bras sans solliciter le périnée et le dos. Je précise bien que tout ça concerne le Pilates prénatal, pas un cours classique qui n’est pas du tout adapté, surtout sur la deuxième moitié de grossesse.
On peut continuer à bouger jusqu’au bout ?
Violette Meens : Absolument jusqu’au bout du bout. C’est mon cas et celui de plein de mes élèves, encore sur le tapis le jour où ça se déclenche quelques heures plus tard. Avec une pratique adaptée bien sûr, en s’écoutant et en ajustant l’intensité. Si on n’en peut plus et que les toutes petites actions du quotidien sont difficiles, pas de pression sur les dernières semaines. On fait comme on peut, mais c’est OK de pratiquer jusqu’au dernier jour.
Votre deuxième grossesse, elle ressemble à la première ?
Violette Meens : Pour le moment, beaucoup. Là, je suis à quatre mois. Ça m’a permis d’être un petit phare dans la nuit pendant le premier trimestre, je savais comment mon corps avait réagi la première fois. On ne va pas se mentir, c’est quand même beaucoup plus sportif quand on est maman d’une petite de deux ans. Globalement un peu plus fatigant, mais dans mon corps, des sensations très similaires. La grande différence, beaucoup de monde m’avait prévenue, mon ventre est sorti beaucoup plus tôt.
C’est quoi le bon moment pour reprendre après l’accouchement ?
Violette Meens : Quand on le sent. Après un accouchement par voie basse sans complication, on peut commencer dès les tout premiers jours avec des exercices spécifiques au postpartum, certainement pas un cours de Pilates classique. Mais chaque postpartum est différent. Selon qu’on ait pu rester active pendant la grossesse, qu’on ait eu une césarienne ou un accouchement traumatique, qu’on ait du relais ou pas, qu’on ait d’autres enfants. Ça va vraiment être propre à chaque maman.
On parle souvent de ne rien faire avant six semaines et de reprendre le sport après. Il faut mettre de la nuance. Rester couchée pendant six semaines puis reprendre des séances intenses au niveau d’avant la grossesse dès qu’on a le feu vert, c’est l’autoroute vers les galères. Aucune injonction à reprendre tôt, mais si on le souhaite, on reconstruit progressivement. D’abord la respiration, du stretching pour se reconnecter au corps. Ensuite des routines postnatales très douces, un travail postural et respiratoire.
Ça ne se substitue pas à une rééducation, c’est important. Et puis hormis de très rares exceptions, les mamans n’ont pas le luxe d’être épaulées pour tout le quotidien. Elles portent leur bébé, le bercent pendant des heures, s’occupent des plus grands, font les courses. Le quotidien est déjà entre guillemets sportif. Dans mon programme postnatal, les exercices les plus doux du début de postpartum sont finalement beaucoup moins éprouvants que toutes ces actions, mais ils permettent de conscientiser les mouvements et de retonifier progressivement le corps.
Six semaines, trois mois, un an ; on met combien de temps à se sentir soi à nouveau ?
Violette Meens : Aucune réponse universelle. Pour certaines ce sera un an, pour d’autres trois. Je dirais qu’on devient plutôt un nouveau soi, que l’on se sent à nouveau soi-même. Une femme devenue mère, selon moi, ne redevient pas tout à fait la femme d’avant, et c’est très bien comme ça. Il y a un vrai bouleversement dans l’identité.
Physiquement, pas moins de six mois, parfois des années. Il faut de la patience, mais on peut être plus forte après qu’avant. La maternité est autant un challenge qu’une ressource incroyable. On parle beaucoup des fragilités qu’elle révèle, c’est une réalité, mais on peut aussi se découvrir bien plus forte, résiliente, courageuse qu’on le pensait.
Le périnée, on en parle enfin, mais on en parle bien ?
Violette Meens : On en parle de plus en plus, c’est génial. Mais on entend sur les réseaux beaucoup de choses problématiques, souvent pour faire des vues, sans aucune nuance. Le périnée, on le veut fort et souple, certainement pas que fort. Un périnée que fort est souvent rigide, ça amène au même souci finalement qu’un périnée trop faible. Oui, on peut avoir des fuites urinaires à cause d’un périnée trop tonique, ça peut aussi créer des douleurs dans le dos ou les hanches via le diaphragme.
On entend qu’il faut serrer, tout verrouiller à l’effort. Eh bien non. Prendre soin de son périnée, ce n’est certainement pas juste le serrer. Un périnée en bonne santé s’organise naturellement, il fait ce qu’il a à faire sans qu’on lui donne la consigne. Ça passe par une bonne posture et une dynamique respiratoire correcte. Et même si le Pilates aide énormément, ça ne se substitue pas à un accompagnement avec un kiné ou une sage-femme spécialisée quand on a besoin d’une rééducation.
Enseigner enceinte, ça vous a appris quelque chose sur votre pratique ?
Violette Meens : Ça m’a plutôt confirmé des choses qu’appris. À quel point le corps sait, à quel point il est plein de ressources quand on l’écoute. Et puis ça m’a fait découvrir la magie de pratiquer à deux avec son bébé, cette connexion incroyable, les temps de relaxation où on sent bébé qui bouge dans tous les sens dans le ventre. Des moments qu’on ne peut pas imaginer avant de les vivre.
Tout va être plus. Plus dur, plus fatigant, plus challengeant que ce que j’imagine. Mais d’une manière indescriptible, plus magique, plus heureux, plus épanouissant aussi.
Danseuse depuis l’âge de trois ans, formée au conservatoire de Lille puis professionnelle à Paris pendant treize ans, Violette découvre le Pilates en compagnie et en fait sa nouvelle scène. Diplômée de Balanced Body University après plus de 800 heures de formation, elle se spécialise dans le pré et post-natal auprès du Dr Bernadette de Gasquet et affine sa pratique à San Francisco, entre rééducation et travail athlétique. Aujourd’hui, elle se consacre à l’enseignement avec une promesse simple, celle de retrouver le plaisir du mouvement, l’équilibre intérieur et une sangle abdominale au sommet.

