Slow parenting : des pères plus présents auprès des enfants

81 % des pères ont pris leur congé de paternité au-delà de la semaine obligatoire entre 2021 et 2023, contre environ 75 % avant la réforme qui a porté sa durée de 11 à 25 jours, selon l’Ined. Derrière ce chiffre, une évolution plus large se dessine : celle de pères qui ralentissent, choisissent d’être là et revendiquent une parentalité attentive plutôt que performative. Le slow parenting, cette approche qui privilégie le temps de qualité à la course aux activités, trouve chez eux un écho nouveau. Reste à mesurer si cette présence accrue transforme réellement le partage du quotidien.

Congé paternité allongé, un levier pour l’implication des pères dès la naissance

Pour mesurer le chemin parcouru, un détour par l’histoire s’impose. Le Code civil de 1804 faisait du père le détenteur exclusif de la puissance paternelle, une autorité juridique sur les enfants que la loi du 4 juin 1970 a seulement remplacée par l’autorité parentale conjointe. Les hommes nés dans les années 1950 et 1960 ont donc grandi avec des modèles de pères pourvoyeurs, garants de l’autorité, rarement impliqués dans les soins quotidiens. Leurs fils ont connu une première bascule en 2002, lorsque la France a créé un congé de paternité de 11 jours, geste symbolique autant que pratique, qui posait pour la première fois le principe d’un père présent dès la naissance. La génération devenue parent après la réforme de 2021 hérite ainsi d’un cadre transformé en deux décennies à peine. Trois générations, trois définitions du rôle paternel.

La réforme de juillet 2021 a fait davantage qu’ajouter quatorze jours à un dispositif existant. Selon l’étude publiée par l’Ined dans Population & Sociétés en janvier 2026, plus de quatre naissances sur cinq survenues entre juillet 2021 et décembre 2023 ont donné lieu à une prise du congé de paternité au-delà de la semaine obligatoire. En 2022, 59 % des pères sont allés au bout des 25 jours auxquels ils avaient droit. Les chercheurs Ariane Pailhé, Anne Solaz, Alix Sponton et Maxime Tô notent aussi un élargissement des profils : les travailleurs indépendants et les pères moins diplômés, longtemps en retrait, recourent désormais davantage au dispositif.

Un chiffre retient particulièrement l’attention dans cette étude. La part des pères qui prennent une fraction de leur congé en solo, après le retour au travail de la mère, a quadruplé depuis la réforme, passant de 2 % à 8 % des naissances. Cette pratique encore minoritaire dit beaucoup : un père seul avec son nouveau-né apprend à le connaître sans intermédiaire, à son rythme, dans une temporalité que le slow parenting décrit précisément. Ralentir, observer, laisser le lien se construire plutôt que le programmer. La présence précoce du père cesse d’être un appoint pour devenir une expérience à part entière.

L’Ined conclut que le congé de paternité s’est imposé comme une norme sociale de la paternité en France, portée par la médiatisation de la réforme et une meilleure acceptation dans le monde professionnel. La nuance s’impose toutefois : 8,5 % des pères déclarent renoncer au congé pour des raisons financières, et les contraintes professionnelles demeurent un obstacle réel. L’envie de ralentir existe, mais elle reste inégalement accessible selon les situations d’emploi et de revenus.

Slow parenting au quotidien, une présence paternelle réelle mais encore partagée

Une fois le congé terminé, que reste-t-il de cette implication des premiers jours ? L’étude publiée par la DREES en novembre 2025 apporte une réponse nuancée. En vingt ans, les pères ont gagné du temps auprès de leurs jeunes enfants. Mais ce temps supplémentaire, environ 3 heures 45 de plus qu’en 2013, se passe essentiellement en tandem avec la mère. Le temps que les pères passent seuls avec leurs enfants a même légèrement reculé, de l’ordre de trente minutes. Les pères sont plus présents, sans être plus souvent en première ligne.

Cette photographie éclaire la manière dont le slow parenting peut se traduire côté paternel. L’approche ne demande ni activités supplémentaires ni compétences particulières. Elle repose sur des gestes simples : un trajet d’école fait à pied sans regarder l’heure, un jeu libre où l’adulte suit l’enfant plutôt que l’inverse, des rituels du soir débarrassés des écrans, un agenda familial volontairement allégé. Pour les pères, elle offre un terrain d’implication qui ne passe pas par la performance, mais par la disponibilité. Le rapport de la commission des 1 000 premiers jours, remis en 2020, soulignait déjà l’importance de la présence paternelle dès les premiers jours pour le développement de l’enfant et pour un partage équitable des responsabilités.

Ce partage reste justement le point de vigilance. Une présence accrue en tandem ne redistribue pas mécaniquement la charge mentale, cette anticipation invisible des besoins de l’enfant qui repose encore majoritairement sur les mères. Le slow parenting paternel gagne en profondeur lorsqu’il inclut aussi les temps moins photogéniques : prendre le rendez-vous chez le pédiatre, penser à la taille des vêtements, gérer seul un mercredi entier. Les pères interrogés dans le projet de recherche Paternage, mené par la DREES avec l’Ined et Sciences Po pour évaluer les effets de la réforme, décrivent d’ailleurs combien le retour à l’emploi des deux parents bouscule l’équilibre trouvé pendant la parenthèse du congé.

La lenteur, comme le reste, se cultive à deux. Quand les pères ralentissent, quelque chose se déplace aussi pour les mères : du temps rendu, une vigilance partagée, peut-être la possibilité de ralentir à leur tour. La question n’est plus de savoir si les pères veulent être présents. Elle est de savoir comment chaque famille, avec ses contraintes propres, leur fait la place de l’être seuls.

Crédit photo : Isaac Quesada