Allaitement et reprise du travail : comment concilier les deux ?

Lorsqu’on choisit d’allaiter son bébé au sein, on se pose automatiquement la question : pourrai-je continuer à allaiter lorsque je reprendrai mon activité ? Si l’on souhaite prolonger son allaitement, le retour au travail est-il forcément synonyme de sevrage ? Comment se préparer à cette nouvelle étape ? Comment s’organiser avec la crèche ou l’assistante maternelle ? Quels sont mes droits si je travaille en entreprise ? On a posé toutes ces questions à Sara Esdras, infirmière en maternité et pédiatrie et spécialiste en lactation, elle nous livre ses secrets pour concilier allaitement et vie active, avec la complicité de MAM, la marque qui vous accompagne pour nourrir votre bébé en toute sérénité.

Quand on souhaite allaiter, la reprise du travail est souvent une source de stress, comment se préparer et comment préparer son bébé ?

Sara Esdras : La séparation avec son bébé lors de la reprise du travail est une étape particulière dans la vie d’une maman, plus ou moins bien vécue en fonction de chacune. La reprise précoce (après 16 semaines de congé maternité, ndlr) implique que le bébé soit encore très dépendant et en « fusion » avec sa maman, qui est son seul repère. Pour allaiter et être plus sereine, on peut choisir de retarder la fin de son congé maternité si c’est possible. Ensuite la séparation se fera progressivement et en douceur.

Pour se préparer je conseille aux mamans de profiter de l’instant présent avec leur bébé, et de garder en tête qu’allaiter et travailler est tout à fait compatible, même si cela exige de s’organiser.
Pour le bébé, la communication est essentielle. Même tout petit, il écoute, comprend et perçoit vos émotions, alors soyez le plus détendue possible. Si possible, évitez également la séparation pendant les étapes clefs de sa construction, notamment autour des 9 mois où il est plein dans ce qu’on appelle « l’angoisse de séparation ».

Faut-il anticiper et habituer son bébé à recevoir des biberons ?

Pas nécessairement, il n’y a pas de règle. Cela dépend de vous et votre bébé. Certaines femmes profiteront de chaque instant et proposeront un biberon le jour de leur reprise, d’autres seront plus prévoyantes en essayant des semaines auparavant. Cela ne veut pas dire que le bébé l’acceptera automatiquement.

Que faire si mon bébé refuse le biberon ?

Il faut savoir que bon nombre de bébés refusent le biberon lorsqu’il s’agit d’un « entraînement ». En revanche le jour J ou dans les jours qui suivent, lorsqu’ils comprennent qu’il n’est plus possible de se nourrir à la source, alors ils finissent par accepter…

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Et si dans les jours qui suivent cela ne passe pas ?

Il est possible de trouver la cause : goût du lait ? Tétine ? Exprimer son mécontentement ?  Contenant non adapté au bébé ? À savoir qu’il existe une multitude d’autres contenants qui aideront les bébés allaités à faire la transition et n’entraveront pas l’allaitement par la suite tels que : les biberons cuillères, les softcup, tasses, verres, cuillères, seringues…

Si cela persiste, alors ce n’est pas forcément un problème, il y a de fortes chances que le bébé se rattrape lorsque vous rentrerez du travail.

Lire aussi notre article : Biberons de lait maternel ou allaitement mixte : comment alterner sein et biberon ?

Comment aborder la question avec la nounou ou la crèche qui accueille mon enfant ?

Le lieu d’accueil de votre enfant est dans l’obligation de donner votre lait à votre bébé si cela est votre souhait. Des règles d’hygiène vous serons sans doute transmises en amont : transport de votre lait dans une glacière, étiquetage…

Si votre bébé refuse de se nourrir, rassurez les personnes en charge de votre enfant en leur expliquant que cela n’est pas dangereux pour lui. C’est une situation transitoire, à laquelle il est possible de trouver des solutions, en prenant son temps et avec douceur.

Lire aussi notre article : Tirer son lait : mode d’emploi et conseils pour les jeunes mamans

Dois-je prévenir mon employeur et quels sont mes droits ?

Le code du travail autorise l’allaitement pendant le temps de travail et sur le lieu de travail, la première année qui suit la naissance de votre enfant.
Pour cela vous disposez d’une heure par jour (2x 30 minutes, non rémunérées sauf convention particulière), soit pour tirer votre lait dans une pièce définie, soit allaiter votre enfant sur place si cela est faisable. Dans les deux cas, votre employeur devra être au courant de votre situation.

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Comment organiser le tirage de mon lait ?

Je conseille de débuter le tirage le mois précédent la reprise du travail, pour constituer un stock suffisant de lait maternel dans le congélateur. Cela implique de s’équiper d’un tire-lait, et d’aménager quelques plages horaires pour cela :  on se détend, on s’installe confortablement… Il est normal au début d’obtenir très peu de lait, le corps finira par s’habituer en tirant régulièrement.

Mon conseil : Tirer plutôt le matin, le pic de prolactine, l’hormone qui crée le lait maternel, a lieu entre 3 et 5h du matin, vos seins sont donc plus pleins le matin. En anticipant, vous aurez l’esprit plus tranquille de savoir qu’un large stock est disponible en cas de besoin, à la maison.

Lire aussi notre article : Allaitement : pourquoi et comment congeler son lait maternel ?

Dois-je apporter un tire-lait sur mon lieu de travail ?

Il est préférable de tirer son lait sur le lieu de travail, pour entretenir la lactation et vous soulager en drainant les seins. Autrement, non habituée, votre poitrine continuera à produire et vous risquez des fuites de lait ou un engorgement.

Dans ce cas, quel type de tire-lait choisir ?

Il sera à choisir en fonction de vos besoins. Dans l’ensemble, préférez un tire-lait électrique à double pompage (possibilité de tirer les deux seins en même temps) : moins d’effort, plus rapide et plus efficace qu’un tire-lait manuel, avec du matériel adapté (téterelles à la bonne taille). Il existe des tire-laits qui fonctionnent sur batterie, ce qui est agréable lorsque l’on est amenée à se déplacer.

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On entend souvent que la mère produit moins de lait lorsqu’elle reprend une vie sociale et professionnelle plus active, est-ce vrai ?

Lors d’un changement de rythme, la maman peut subir une diminution de la lactation mais ce n’est que le temps de s’adapter au nouveau rythme de vie.

Si ma lactation diminue, dois-je poursuivre avec un allaitement mixte (alternance lait maternel et lait artificiel) ?

Il n’est pas nécessaire de passer à l’allaitement mixte. En revanche, en trouvant la cause, il est possible de réajuster pour pouvoir continuer l’allaitement exclusif. Que ce soit en cas de souci ou en vue de la reprise, il est possible d’être accompagnée dans cette démarche par des professionnels formés en allaitement, comme les sages-femmes ou les consultantes en lactation IBCLC.

Comment maintenir mon niveau de lactation malgré l’absence de tétée dans la journée ?

En étant « free boob » (tétées à volonté) lorsque vous êtes avec votre bébé : plus il y a de stimulation, plus le corps produit de lait, alors on fonce !
Et sur le lieu de travail, en fonction de vos possibilités et de votre temps d’absence, il sera conseillé de tirer entre 1 à 3 fois par jour pour maintenir votre lactation.

Qu’est-ce que le « congé allaitement » ?

Malheureusement ce congé n’existe plus depuis 1975 ! À l’époque les femmes disposaient d’un mois supplémentaire pour allaiter au chaud leur bébé. Toutefois certaines entreprises prévoient des conventions spécifiques, en cas d’allaitement, pour faciliter la vie des employées.

Quel conseil donnez-vous aux mamans qui souhaitent concilier allaitement et vie active ?

Faites-vous confiance, faites-vous plaisir, cela ne doit pas être une contrainte pour vous. Les bébés possèdent de grandes facultés d’adaptation alors faites-leur confiance aussi ! C’est d’ailleurs souvent plus difficile pour nous, les mamans, que pour eux, lorsqu’ils sont entourés de personnes aimantes, bienveillantes et douces en notre absence.

Sara Esdras est infirmière en maternité et pédiatrie, spécialiste de l’allaitement, elle anime des ateliers pour accompagner les jeunes et futures mamans au sein de la maison Gynécée Paris.

Réalisation : Les Louves X MAM
Crédit photo : Belly Balloon Photography pour MAM X Les Louves