Une photo publiée en 2016 a cumulé plus de 67 000 likes en quelques jours : celle de Tess Holliday allaitant son fils en pleine préparation d’un shoot photo. Depuis, plusieurs autres stars ont suivi le mouvement, transformant leurs comptes Instagram en tribunes pour normaliser un geste encore trop souvent tabou.
Des stars qui refusent de cacher l’allaitement derrière l’objectif
Le mannequin Tess Holliday a partagé ce cliché pris par son mari, alors qu’elle se préparait pour une séance photo destinée à sa collection avec l’enseigne Penningtons. La scène lui a immédiatement rappelé une image devenue culte : celle de Gisele Bündchen allaitant en coulisses d’un tournage publicitaire, quelques années plus tôt. Dans sa légende, Tess Holliday insiste sur une idée simple : les mères qui travaillent n’ont pas un visage unique, elles existent sous toutes les formes, toutes les tailles, toutes les couleurs. Le message, accompagné du hashtag #normalizebreastfeeding, a été largement relayé.
Autre cliché marquant : celui de Rachel McAdams, tirant son lait entre deux prises lors d’un shoot mode, environ six mois après son accouchement. Un point mérite d’être précisé : la légende n’a pas été écrite par l’actrice elle-même, mais par Claire Rothstein, la photographe à l’origine de la séance. Cette dernière explique avoir voulu publier l’image pour rappeler que l’allaitement, ou le tire-lait, relève du quotidien le plus ordinaire, et qu’elle ne comprend toujours pas pourquoi le sujet reste aussi souvent mis à distance.
Le mannequin sud-africain Candice Swanepoel a, de son côté, célébré le lancement d’un mois entièrement dédié à l’allaitement, en évoquant à la fois la joie, la douleur, les défis et les victoires qui accompagnent cette expérience. Elle y avance une idée plus engagée : le lait maternel ne se limiterait pas à un apport nutritionnel, il constituerait une forme de communication complexe entre le corps, le système hormonal et le cerveau du bébé. Une thèse qui relève davantage du discours militant que d’un consensus scientifique établi, et qu’il convient donc de replacer dans son contexte plutôt que de la présenter comme un fait acquis.
Le mannequin néerlandais Doutzen Kroes a, elle, choisi une mise en scène plus familiale : une photo où elle allaite sa fille au lit, tout en embrassant son mari, leur fils aîné blotti entre eux. Une image qui, selon l’analyse de la chercheuse Chantal Bayard (INRS), renforce deux idéaux : celui de la famille complice et heureuse, et celui d’un allaitement qui se déroule aisément et avec le soutien du conjoint — l’un des rares clichés du genre à inclure explicitement le père dans le cadre.
Enfin, l’actrice Alyssa Milano, connue de longue date pour son engagement en faveur de l’allaitement en public, a accompagné l’une de ses publications d’une référence à l’écrivain Milan Kundera évoquant la joie de nourrir son enfant. Selon Chantal Bayard, qui a étudié plusieurs de ses clichés, l’allaitement y est systématiquement présenté sous un jour heureux et positif.
Pourquoi ces prises de position comptent encore en 2026
Ce que ces publications ont en commun dépasse largement l’esthétique du cliché soigné. Chacune répond, à sa façon, à une culpabilité persistante autour de l’allaitement, identifiée comme l’une des sources de détresse les plus fréquemment citées par les jeunes mères dans le post-partum. Rappeler que le lien d’attachement se construit avant tout par la disponibilité et la constance, quel que soit le mode d’alimentation choisi, reste une information encore trop peu diffusée face au poids des injonctions.
Ce mouvement mérite toutefois d’être regardé avec un peu de recul. Une étude menée par la chercheuse Chantal Bayard sur treize comptes de célébrités souligne que ces photographies mettent le plus souvent en scène des mères “performantes” qui allaitent leur enfant sans difficulté apparente, en conciliant aisément vie professionnelle et allaitement, tout en maintenant un corps postnatal soigné. Une façon idéalisée d’être mère, peu accessible à la majorité des femmes qui suivent ces comptes au quotidien. Sur l’ensemble des célébrités étudiées, seules deux évoquaient de véritables difficultés rencontrées — Tess Holliday elle-même, dans une autre publication, racontait ainsi sa toute première tétée réussie en position allongée, après plusieurs tentatives infructueuses.
En rendant visible un geste que beaucoup continuent de vivre dans la discrétion, voire dans l’appréhension du regard des autres, ces prises de parole participent malgré tout à un mouvement plus large : celui qui consiste à montrer une maternité plus assumée, sans pour autant en effacer les difficultés. De quoi, peut-être, ouvrir la voie à des témoignages moins lisses dans les années à venir.
L’allaitement en France, en chiffres
- 77 %
des nouveau-nés sont allaités à la maternité, contre 74 % en 2012 (Santé publique France, enquête Epifane, 2024) - 1 sur 3
enfants est encore allaité à 6 mois, contre moins d’1 sur 4 en 2012 (Epifane, 2024) - 38 %
des mères pratiquent encore un allaitement exclusif à 2 mois, alors qu’elles étaient 65 % à le souhaiter avant l’accouchement (Enquête nationale périnatale, 2021) - 49 %
des mères citent un allaitement compliqué parmi les sources de difficultés psychiques rencontrées après le retour à domicile (Enquête nationale périnatale, 2021) - -30 ans
c’est l’âge en dessous duquel la durée totale d’allaitement est significativement plus courte, tout comme chez les mères vivant seules ou ayant repris le travail moins de 10 semaines après l’accouchement (Étude Elfe, Ined)
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