Pilule contraceptive : effets secondaires, libido, humeur

Elles ont grandi avec. La pilule fait partie de ces prescriptions quasi automatiques, glissée dans un sac à l’adolescence sans que la question ne se pose vraiment. Pendant des années, voire des décennies, des millions de femmes l’ont avalée chaque matin souvent sans en connaître tous les effets, souvent sans oser remettre en cause ce qui semblait aller de soi. Aujourd’hui, elles témoignent d’un corps qui se réveille, des sensations retrouvées, une clarté mentale inattendue. Cela pose une question simple, longtemps restée sans réponse : et si on ne leur avait pas tout dit ?

Un corps mis sous cloche

Julie a 28 ans. Pendant des années, elle a avalé sa plaquette chaque matin sans vraiment se poser de questions prescrite par son gynécologue à 15 ans. La pilule, c’était la norme, reconduite presque automatiquement, et rarement remise en cause dans un cabinet médical. Jusqu’au jour où les migraines sont devenues insupportables.

“C’était le genre de crises qui finissent aux urgences, raconte-t-elle. Une perfusion de Doliprane dans le meilleur des cas. Et quand je décrivais ce que je ressentais, on me répondait ‘syndrome prémenstruel’. Comme si c’était une fatalité.” Après plusieurs mois passés à enchaîner les hospitalisations, Julie a décidé d’arrêter la pilule. Ce qui s’est passé ensuite l’a ébranlée dans le bon sens. J’avais 25 ans et je découvrais qui j’étais vraiment.” Les migraines ont disparu. La libido, longtemps absente, est revenue. Elle dit avoir redécouvert la vie.

“J’avais l’impression qu’un plomb quittait mon corps. J’ai retrouvé des sensations, le goût, et l’odorat. ” 

Son témoignage n’est pas isolé. Il rejoint un mouvement audible de femmes qui questionnent leur rapport à la contraception hormonale, non pour rejeter la pilule en bloc, mais pour nommer les symptômes souvent minimisés.

Les chiffres témoignent d’une rupture de confiance progressive. L’usage de la pilule en France poursuit sa baisse amorcée en 2005, passant de 55,8 % à 26,8 % en 2023, une chute accélérée après la polémique sur les pilules de 3e et 4e génération en 2012.

Derrière cette désaffection, il y a des expériences vécues. Des maux de tête que l’on attribue au stress. Une libido en berne que l’on met sur le compte de la fatigue. Une humeur maussade que l’on gère seule. Dans des essais cliniques, la fréquence à laquelle les femmes déclaraient des changements d’humeur ou dans leur bien-être à cause de leur contraception orale variait de 4 % à 10 %. Des pourcentages qui peuvent sembler modestes, mais qui représentent des centaines de milliers de femmes à l’échelle nationale.

La médecine rattrapée par les faits

Sur la santé mentale, la recherche a mis des décennies à s’emparer sérieusement du sujet. L’étude la plus marquante à ce jour reste celle publiée en 2016 dans le JAMA Psychiatry par des chercheurs de l’université de Copenhague. Plus d’un million de Danoises âgées de 18 à 34 ans, sans diagnostic préalable de dépression, ont été suivies pendant 13 ans. Les chercheuses ont observé que la prise de pilules œstroprogestatives multipliait le risque de prise d’antidépresseurs par 1,23, et celui d’un diagnostic de dépression par 1,1. Pour les adolescentes, le risque s’avère encore plus préoccupant : elles présenteraient un risque trois fois plus élevé de tomber en dépression que les femmes de 25 à 35 ans.

Ces résultats ne font pas consensus  car d’autres travaux récents, notamment suédois, aboutissent à des conclusions plus nuancées, voire inverses pour certaines formulations. Ce que la science retient, c’est la variabilité : les effets varient selon les femmes et les formulations. Ce qui est certain, c’est que le débat méritait d’exister bien avant.

Le lien entre pilule et sensations physiques, lui aussi, commence à être documenté. Des études ont confirmé que la prise de la pilule contraceptive peut modifier la perception des odeurs. Les chercheurs ont également découvert que les femmes sous traitement hormonal percevaient les odeurs de manière différente, et qu’elles-mêmes sentaient différemment quand elles prenaient la pilule. Ce que Julie a vécu  (retrouver l’odorat et le goût à l’arrêt) correspond à ce que la littérature scientifique commence à décrire.

Léa, 32 ans, a elle aussi arrêté après une dizaine d’années sous hormones. Elle parle d'”un brouillard qui se lève”.

“Je ne savais même pas que j’étais dans cet état avant d’en sortir. Je pensais que c’était moi, que j’avais juste un tempérament anxieux, peu de désir. En réalité, c’était chimique.”

Marion, 30 ans, raconte quant à elle avoir mis plusieurs mois à “recalibrer” son cycle et ses émotions après l’arrêt, mais décrit aujourd’hui une connexion à son corps qu’elle n’avait jamais connue. “J’ai l’impression d’avoir grandi à 28 ans.”

Ces récits soulèvent une question de fond : pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour les prendre au sérieux ? Pendant longtemps, les doutes des femmes face aux effets secondaires de la pilule ont été déconsidérés faute d’études de grande ampleur. Jusqu’aux années 70, les effets secondaires étaient connus de l’industrie pharmaceutique et des médecins, mais n’étaient pas communiqués aux femmes. L’approche sexiste était aussi visible dans le rejet de l’idée d’un contraceptif hormonal masculin, abandonné parce que ses effets secondaires avaient été jugés trop importants pour les hommes.

Pour beaucoup de femmes, la pilule reste une liberté fondamentale et pour certaines, elle soulage des douleurs réelles, régule des cycles chaotiques, protège d’une grossesse non désirée. Ce n’est qu’en arrêtant la prise d’hormones que la concentration de testostérone peut se normaliser et ce retour à l’équilibre ne se passe pas de la même façon pour toutes. Certaines femmes ne ressentent rien de particulier à l’arrêt. D’autres traversent ce que les praticiens commencent à appeler le “syndrome post-pilule” dont on ne sait faute d’études suffisantes, combien de femmes il touche exactement et pendant combien de temps.

Ce que Julie, Léa et Marion demandent, c’est l’accompagnement d’une prescription de pilule avec une conversation sur les effets possibles, et qu’un arrêt soit accompagné avec la même attention.